Les Rohingya du Myanmar sont des pions dans une guerre anglo-chinoise par procuration menée par les djihadistes saoudiens

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L'attention des médias s'est récemment tournée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l'ancienne Birmanie. L'histoire racontée dans la presse "occidentale" est que les Rohingyas musulmans seraient vilipendés injustement, chassés et tués par des foules bouddhistes et l'armée dans l'état Rakhine près de la frontière avec le Bangladesh. Les "intervenants humanistes libéraux" comme Human Rights Watch se sont unis avec des islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour se lamenter sur le sort des Rohingyas.

Cette curieuse alliance s'était également produite pendant les guerres en Libye et en Syrie. C'est, à l'heure actuelle, un signe d'avertissement. Cela cacherait-il quelque chose de plus qu'un simple conflit local au Myanmar? Quelqu'un serait-il en train d'allumer un feu?

Effectivement.

Alors que le conflit ethnique dans l'Etat Rakhine est très ancien, il s'est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l'Arabie saoudite. La zone est d'intérêt géo-stratégique:

L'Etat Rakhine joue un rôle important dans la stratégie chinoise "One Belt One Road" (Une ceinture, une route) OBOR, car il s'agit d'une sortie vers l'océan Indien et de l'emplacement de projets chinois estimés à un milliard de dollars - une zone économique planifiée sur l'île Ramree et un port en mer profonde Kyaukphyu, qui possède des pipelines de pétrole et de gaz naturel liés à Kunming dans la province du Yunnan.

Les pipelines partants de la côte occidentale du Myanmar vers la Chine permettent à cette dernière d'acheminer des importations d'hydrocarbures du golfe Persique tout en évitant le goulet d'étranglement du détroit de Malacca et les parties contestées de la mer de Chine méridionale.

C'est dans "l'intérêt de l'Occident" d'entraver les projets de la Chine au Myanmar. Inciter le djihad au Rakhine pourrait contribuer à cela. Il existe un précédent historique à une telle guerre de procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les Rohingyas musulmans du Rakhine à combattre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.

Carte du Myanmar

Carte du Myanmar

Les Rohingyas ont immigré dans les régions septentrionales d'Arakan, l'Etat actuel du Rakhine au Myanmar, depuis le 16ème siècle. Une grande vague d'immigration s'est produite durant l'occupation coloniale britannique il y a quelque cent ans. L'immigration illégale venue du Bangladesh s'est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingyas musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité des Rohingyas est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux du Rakhine. Ceux-ci se sentent sous pression dans leur propre pays.

Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il existe de nombreux hameaux qui appartiennent à 100% à l'une ou l'autre des communautés. Les Rohingyas sont généralement peu intégré au Myanmar. La plupart ne sont officiellement pas acceptés comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit musulman-bouddhiste a éclaté en 2012.

Depuis lors, une insurrection clairement islamique s'est développée dans la région. Elle agit sous l'appellation d'Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA) et est dirigé par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste du Pakistan. (ARSA fonctionnait plus tôt sous le nom d'Harakah al-Yakin, ou de Mouvement de la foi.) Ataullah est né dans la grande communauté Rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie Saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et a œuvré comme imam wahhabi en Arabie Saoudite avant son arrivée au Myanmar. Il a subi un lavage de cerveau, a embauché et formé une armée de guérilla locale forte d'environ 1000 Takfiris.

Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500,000 Rohingyas à Karachi. Ils sont venus du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à l'initiative du régime militaire du général Ziaul Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l'Afghanistan:

La communauté Rohingya [à Karachi] est plus encline à la religion et elle envoie ses enfants dans les madrassahs (écoles islamiques). C'est une raison majeure pour laquelle de nombreux mouvements religieux, en particulier l'Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, possèdent leur configuration organisationnelle dans les quartiers birmans.

"Un certain nombre de membres Rohingya vivant à Arakan Abad ont perdu leurs proches au Myanmar lors des récentes émeutes bouddhistes en juin 2012", affirme Mohammad Fazil, un militant local de la JI.

Les Rohingyas de Karachi recueillent régulièrement des dons, Zakat et des peaux d'animaux sacrificiels et les envoient au Myanmar et au Bangladesh pour soutenir les familles déplacées.

Reuters a noté à la fin de 2016 que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l'Arabie saoudite:

Un groupe de musulmans Rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des personnes ayant des liens avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG), jeudi, en citant les membres du groupe.

"Bien que non confirmé, il y a des indications [qu'Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, et qu'il ait reçu une formation pratique dans la guérilla moderne", a déclaré le groupe. On peut noter qu'Ata Ullah était l'un des 20 Rohingyas d'Arabie Saoudite qui dirigeait les opérations du groupe dans l'État Rakhine.

Par ailleurs, un comité de 20 dirigeants émigrés rohingyas supervise le groupe, qui a son siège à La Mecque, a déclaré l'ICG.

Les djihadistes d'ARSA affirment ne s'en prendre qu'aux forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été attaqués et massacrés. Des hameaux peuplés de Bouddhistes ont aussi été brûlés.

Le gouvernement du Myanmar allègue qu'Ataullah et son groupe veulent mettre en place un Etat islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d'autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et a tué quelque 12 policiers. L'armée et la police ont répondu, comme d'habitude dans ce conflit, en brûlant les cantons rohingyas soupçonnés de cacher les forces de guérilla.

Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de bouddhistes arakanais fuient leurs villages vers la capitale du Rakhine. Les musulmans rohingyas fuient à travers la frontière au Bangladesh. Seuls ces derniers réfugiés semblent bénéficier d'une attention internationale.

L'armée du Myanmar a gouverné le pays pendant des décennies. Sous la pression économique, elle s'est nominalement ouverte à l'Occident et a institué la "démocratie". La protégée de l'Occident au Myanmar était Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle a aujourd'hui un rôle dominant dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste et le véritable pouvoir est toujours détenu par les généraux.

Bien qu’Aung San Suu Kyi ait été soutenu comme icône démocratique, elle avait peu de mérite personnel, sauf celui d'être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l'Armée de l'Indépendance de Birmanie (BIA) et qui est considéré comme le "père de la nation". Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l'armée impériale japonaise pour mener une guerre de guérilla contre l'armée britannique coloniale ainsi que la voie d'approvisionnement britannique aux forces anti-japonaises en Chine:

Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue et a même pris un nom japonais. Dans le livre "The River of Lost Footsteps", l'historien Thant Myint-U le décrit comme étant "apparemment emporté par l'euphorie fasciste qui l'entourait", mais il note aussi que son engagement n'est pas allé plus loin que l'indépendance pour le Myanmar.

Les conflits ethniques au Rakhine ont également joué un rôle dans le conflit britannique-japonais en Birmanie:

En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l'État de Rakhine et ont atteint le canton de Maungdaw, près de la frontière avec ce qui était alors l'Inde britannique, et est maintenant le Bangladesh. Après que les Britanniques se soient retirés en Inde, le Rakhine est devenu une ligne de front.

Les bouddhistes locaux arakanais ont collaboré avec la BIA et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des musulmans pour contrer les Japonais.

"Les deux armées, britanniques et japonaises, ont exploité les frictions et l'animosité dans la population locale pour poursuivre leurs propres objectifs militaires", a écrit le chercheur Moshe Yegar

Lorsque les Britanniques ont remporté la victoire contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camps et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l'aide d'officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, plus tard renommée Myanmar, a été gouvernée par des factions de l'armée en compétition entres elles.

La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été formée pour avoir un rôle au Myanmar. Cependant, dans les années 1980 et 1990, elle s'est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a ensuite reçu un prix Nobel de la paix et a été en quelque sorte considérée comme un défenseur progressiste des droits de l'homme par les lettrés "occidentaux". Ces derniers sont maintenant déçus qu'elle ne se prononce pas en faveur des Rohingyas. Mais si elle le faisait, elle se mettrait sur le côté opposé de celui pour lequel son père avait lutté. Cela l'opposerait également à la plupart des habitants du Myanmar qui ont peu de sympathie pour les Rohingyas et leur combat djihadiste.

En outre, les projets chinois de l'OBOR sont un énorme plus pour le Myanmar et contribueront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l'argent pour inciter les Rohingya au djihad au Myanmar. Il s'agit d'une répétition historique de l'opération de la CIA contre l'influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l'Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans, ils vont sûrement se battre contre cela et ne soutiendront aucun djihad dans leur pays. Les Rohingya sont maintenant des pions dans le Grand Jeu et ils en souffriront.

Par Moon of Alabama le 4 septembre 2017

Article original en anglais:

http://www.moonofalabama.org/2017/09/the-rohingya-of-myanmar-pawns-in-an-anglo-chinese-proxy-war-fought-by-saudi-jihadists.html

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