La règle comme quoi les patients doivent finir leurs prescriptions d'antibiotiques serait erronée selon une étude

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Le journal britannique The Guardian a publié un article qui remet complètement en cause ce que l'on pensait connaitre sur les antibiotiques.

Voici la traduction de cet article:

Les experts suggèrent que les patients devraient arrêter de prendre des antibiotiques quand ils se sentent mieux plutôt que de terminer leurs prescriptions

Les experts disent qu'il y a eu trop peu de recherches sur le moment optimal lors duquel des antibiotiques devraient cesser d’être pris. Photo: Julien Behal

Les experts disent qu'il y a eu trop peu de recherches sur le moment optimal lors duquel des antibiotiques devraient cesser d’être pris. Photo: Julien Behal

Par Sarah Boseley

Dire aux patients d'arrêter de prendre des antibiotiques quand ils se sentent mieux peut être préférable que de leur demander de terminer la prescription, selon un groupe d'experts qui soutiennent que la règle longtemps ancrée dans l'esprit des médecins et du public est fausse et devrait être modifiée.

On a traditionnellement dit aux patients qu'ils devaient suivre les prescriptions d'antibiotiques, la théorie étant que prendre trop peu de comprimés permettrait aux bactéries de faire muter leur maladie et de devenir résistantes aux médicaments.

Mais Martin Llewelyn, professeur de maladies infectieuses à l'école de médecine de Brighton et Sussex, et ses collègues affirment que ce n'est pas le cas. Dans une analyse du British Medical Journal, ces experts disent que "l'idée que l'arrêt précoce du traitement antibiotique favorise la résistance aux antibiotiques n'est pas étayée par des preuves, alors que la prise d'antibiotiques plus longtemps que nécessaire augmente le risque de résistance".

Il y a certaines maladies où les bactéries peuvent devenir résistantes si les médicaments ne sont pas pris assez longtemps. L'exemple le plus évident est la tuberculose, expliquent-ils. Mais la plupart des bactéries qui causent des maladies se retrouvent dans les mains de tous le monde sans causer aucun dommage, comme la "E coli" et le "Staphylococcus aureus". Les gens ne tombent malades que lorsque les bactéries pénètrent dans la circulation sanguine ou dans le tube digestif. Plus ces bactéries sont exposées à des antibiotiques, plus il est probable que la résistance se développera.

Les experts disent qu'il y a eu trop peu de recherches sur la durée idéale d'un traitement antibiotique, qui varie également d'un individu à l'autre, en partie en fonction des antibiotiques qu'ils ont pris dans le passé.

À l'hôpital, les patients peuvent être testés pour savoir quand arrêter les médicaments. "En dehors de l'hôpital, où des tests répétés peuvent ne pas être réalisables, les patients pourraient être mieux avisés d'arrêter le traitement quand ils se sentent mieux", affirment-ils. Cela, ajoutent-ils, contrevient directement aux conseils de l'Organisation mondiale de la santé.

D'autres experts en maladies infectieuses ont soutenu le groupe. "J'ai toujours pensé qu'il était illogique de dire que l'arrêt précoce des traitements antibiotiques favorise l'émergence d'organismes résistants aux médicaments", a déclaré Peter Openshaw, président de la British Society for Immunology.

"Cette revue brève mais d'autorité soutient l'idée que les antibiotiques pourraient être utilisés avec plus de parcimonie, en soulignant que la preuve d'une longue durée de la thérapie est, au mieux, ténue. Loin d'être irresponsable, raccourcir la durée d'un traitement antibiotique pourrait rendre la résistance aux antibiotiques moins probable."

Alison Holmes, professeur de maladies infectieuses à l'Imperial College de Londres, a déclaré qu'une grande autorité britannique, le professeur Harold Lambert, avait fait la même remarque dans un article du Lancet intitulé "Ne continuez pas à prendre les comprimés" dès 1999. "Il reste étonnant qu'en dehors de certaines infections et conditions spécifiques, nous n'en savons toujours pas plus sur la durée optimale des prescriptions ou même des doses dans de nombreuses conditions, pourtant ce dogme a été omniprésent et persistant ".

Jodi Lindsay, professeur de pathogenèse microbienne à l'Université St George's, de Londres, a déclaré que c'était un conseil judicieux. "Les preuves pour "compléter les prescriptions" sont médiocres, et la durée du traitement antibiotique a été estimée sur la base d'une crainte de sous-traitement plutôt que sur de vraies études", a-t-elle expliquée. "Les preuves que des traitements antibiotiques plus courts sont équivalents à des prescriptions plus longues, en termes de guérison ou de résultat, sont généralement bonnes, même si davantage d'études pourraient aider et qu'il y ait quelques exceptions ou les traitements plus longs sont meilleurs, par exemple dans le cas de la tuberculose.

Mais le Collège royal des médecins généralistes a exprimé des préoccupations. "Les prescriptions recommandées d'antibiotiques ne sont pas aléatoires", a affirmé son président, le professeur Helen Stokes-Lampard. "Ils sont adaptés aux conditions individuelles et dans de nombreux cas, les traitements sont assez courts - pour les infections des voies urinaires, par exemple, trois jours sont souvent suffisants pour guérir l'infection.

"Nous sommes préoccupés par le concept selon lequel les patients arrêtent de prendre leur médicament au milieu d'une prescription pour la raison qu'ils se sentent mieux", parce que l'amélioration des symptômes ne signifie pas nécessairement que l'infection ait été complètement éradiquée. Il est important de donner des messages clairs aux patients et que le mantra de toujours suivre le traitement complet des antibiotiques soit bien connu. Changer cela ne fera que semer la confusion chez les gens."

Le médecin-chef de l'Angleterre (note: il s'agit du principal conseiller du gouvernement britannique pour les affaires médicales), le professeur Dame Sally Davies, a déclaré: "Le message au public reste le même: les gens devraient toujours suivre les conseils des professionnels de la santé. Pour mettre à jour les prescriptions, nous avons besoin de plus amples recherches pour informer les personnes.

"[L'Institut national pour l'excellence en matière de santé et de soins] élabore actuellement des lignes directrices pour la gestion des infections courantes, qui examineront toutes les données probantes disponibles sur les prescriptions appropriées

"Le ministère de la Santé continuera à examiner les données probantes sur la prescription et les infections pharmacorésistantes, dans le but de poursuivre les grands progrès que nous avons réalisés au pays et à l'étranger dans ce domaine."

Sarah Boseley pour The Guardian

The Guardian est le journal de référence de l’intelligentsia, des enseignants et des syndicalistes. Orienté au centre gauche, il se montre très critique vis-à-vis du gouvernement conservateur. L’indépendance et la qualité caractérisent ce titre né en 1821, qui abrite certains des chroniqueurs les plus respectés du pays.

Il a un site commun en accès libre avec son édition dominicale, The Observer. C’est sans doute l’un des sites les plus complets de la presse britannique. On y trouve de nombreuses rubriques spécialisées dans le sport, la gastronomie, les voyages, les médias, etc. La rubrique livres est particulièrement fouillée.

Lien de l'article original en anglais:

https://www.theguardian.com/society/2017/jul/26/rule-patients-must-finish-antibiotics-course-wrong-study-says

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