La vie de Thomas Sankara vue comme un drame shakespearien dans une nouvelle pièce de théâtre

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La première pièce ambitieuse de Ricky Dujany (jouée à Londres) se penche sur une figure majeure de la bataille des années 1980 pour la libération de l'Afrique. Cela soulève des questions importantes, écrit Jay Williams

Par Socialist Worker le 3 avril 2018

Sankara discutant avec des camarades femmes dans la pièce

Sankara discutant avec des camarades femmes dans la pièce

Sankara est un drame ouvertement politique. Il est basé sur la vie de Thomas Sankara, président du Burkina Faso - anciennement Haute-Volta - d'août 1983 à octobre 1987.

Le réalisateur Ricky Dujany illustre la vie et la mort de Sankara dans un cadre shakespearien.

La pièce démarre dans un rythme incroyable, combinant la révolte avec la danse africaine.

Le premier mot prononcé par le majestueux Sankara est "camarades".

Mais il n'y a pas de doute que c'est un coup d'état militaire.

Par moments, la rhétorique de la pièce, utilisant les propres discours et dictons de Sankara, est merveilleuse. Ceci est combiné avec des metaphores originales.

Le même acteur blanc joue 3 rôles différents, un Sud-africain, le président français François Mitterrand et un larbin de la CIA. Ça permet de dépeindre parfaitement l'impérialisme comme systématique et communicatif.

Cela aide également à montrer les tensions entre différents pays africains et qui en tire finalement profit. Et, comme le dit Sankara, "ceux qui exploitent l'Afrique exploitent aussi l'Europe".

Le public est directement impliqué dans la pièce. Sankara s'adresse au public, non seulement en tant que foule mais aussi en tant qu'individus.

Nous sommes encouragés à participer au chant à un moment donné - une chose courageuse à faire pour un réalisateur.

Ceci contraste avec la représentation principale des tensions politiques, qui sont montrées comme se déroulant exclusivement au sein de l'élite dirigeante de l'époque et n'impliquant pas les masses dont certains de ses membres sont décrits comme des "travailleurs paresseux" et des "enfants".

Cette attitude contradictoire se prolonge tout au long de la pièce.

Sankara est montré comme étant fermement du côté des gens ordinaires et en particulier raillant contre l'oppression des femmes.

Autocratique

Mais il est également montré comme autocratique, essayant de forcer ceux qui l'entourent à accepter des changements ainsi qu'un manque de privilège pour lesquels ils ne sont pas prêts.

Cette production dure près de trois heures, avec un intervalle. L'autre avertissement est que l'éclairage stroboscopique est utilisé occasionnellement.

Ce n'est pas la seule technologie utilisée. Des rideaux tombent sur les sorties scéniques et de véritables scènes d'événements politiques et culturels de l'époque y sont projetées.

Le film est légèrement flou, soulignant qu'il s'agit d'un récit fictif inspiré d'événements réels.

Dujany pousse l'analogie avec Shakespeare trop loin à un moment donné.

L'épouse de Blaise Compaoré (dont les forces ont amené Sankara à la présidence) se caractérise comme étant l'ambitieuse, au point d'utiliser sa sexualité pour pousser Blaise dans une certaine direction.

Sankara a été assassiné par son ancien allié et meilleur ami Blaise, alors la question est de savoir si Dujany a trop confié la responsabilité à sa femme?

Cependant, à la fin, lorsque les corps jonchent la scène et que les cris se font entendre, nous ne doutons pas que ce soit littéralement une tragédie.

Je recommande fortement de voir cette pièce. Elle a le potentiel de vous faire rire et pleurer. Pour un premier auteur, c'est vraiment très bien.

Sankara est joué à The Cockpit, Gateforth Street, Londres, NW18 8EH jusqu'au 14 avril. Billets à partir de £ 13 (environ 15 euros).

Lien de l'article en anglais:

https://socialistworker.co.uk/art/46370/Shakespearean+drama+meets+Thomas+Sankara+in+new+play

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