Au cours de la Seconde Guerre mondiale, 3 soldats allemands sur 4 ont été tués par l'armée soviétique

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Le Front de l'Est de la Seconde Guerre mondiale a été de loin le théâtre de guerre le plus sanglant que le monde ait jamais connu. Il a coûté la vie à près de 12 millions de combattants, dont 4,3 millions de soldats des troupes de l'Axe parmi lesquels 3,55 millions d'Allemands - un nombre de morts bien supérieur à ceux qui sont tombé sur le front de l'Ouest

Marko Marjanović pour Russia Insider le 30 avril 2018

Capitulation de Berlin le 2 mai 1945, deux soldats russes font flotter le drapeau de l'Union soviétique sur le Reichstag (dessin d’après la célèbre photographie d'Evgueni Khaldei)

Capitulation de Berlin le 2 mai 1945, deux soldats russes font flotter le drapeau de l'Union soviétique sur le Reichstag (dessin d’après la célèbre photographie d'Evgueni Khaldei)

La meilleure estimation disponible des morts militaires allemands de la Seconde Guerre mondiale a été faite par l'historien allemand Rüdiger Overmans. La plupart des estimations sont basées sur les rapports de pertes faits par l'armée allemande en temps de guerre mais Overmans montre de manière convaincante que le système n'était pas fiable et s’est finalement trompé, de sorte que les estimations antérieures sous-estiment le nombre de militaires allemands qui sont tombés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Overmans, qui a fait des recherches approfondies de son côté, estime le nombre total de soldats allemands tués durant la guerre à 5,318,000. Ce chiffre comprend les miliciens Volksturm et les volontaires étrangers de la Waffen SS et de la Wehrmacht mais n'inclut pas les citoyens soviétiques morts en combattant pour l’Allemagne.

Parmi ceux-ci, 459,000 sont morts en captivité, dont 363,000 en tant que prisonniers des Soviets. Overmans suggère que le nombre de prisonniers de guerre allemands qui ont péri en captivité dans les camps soviétiques pourrait être bien plus élevé que les 363,000 morts enregistrés et atteindre jusqu'à un million d'hommes. Cependant, ceci n’est qu’une spéculation, puisque Overmans, travaillant à partir des archives allemandes, n'avait aucun moyen d'étudier le sujet.

L'historien russe Krivosheev, mieux placé pour étudier le sujet, estime à 450,000 le nombre de prisonniers de guerre allemands morts lors de leur détention par les Soviétiques, dont 94,000 qui n’ont jamais pu arriver dans les camps de prisonniers de guerre et dont les décès ne sont pas notés dans les rapports soviétiques. Après avoir retiré des 5,318,000 morts confirmés les 459,000 soldats décédés dans les camps de prisonniers de guerre, Overmans donne le nombre des morts sur chacun des fronts (nombre qui comprend nécessairement les 94,000 prisonniers de guerre aux mains des Soviétiques dont le décès n'aurait pas été déclaré et les 22,000 militaires allemands exécutés de leur côté).

Front de l'Est: 2,743,000

Front occidental + Afrique + Italie: 506,000

Batailles finales en Allemagne en 1945 - dont au moins les 2 tiers tués par les Soviets: 1,230,000

Europe du Nord: 30,000

Les Balkans: 104,000

Autre (y compris la guerre maritime et aérienne contre l'Allemagne): 246,000

Total 4,859,000

Comme on l'a dit, selon Overmans, au moins les deux tiers des 1,230,000 morts allemands des dernières batailles de la Seconde Guerre mondiale ont été tués à l'Est.

Le chiffre de 104,000 tués dans les Balkans comprend les pertes subies par les partisans yougoslaves et grecs ainsi que ceux qui ont été tués tandis que l'armée rouge libérait une grande partie de la région à la fin de 1944.

Les combats en Europe du Nord correspondent à la campagne norvégienne contre les alliés occidentaux, la "guerre de Laponie" contre la Finlande en 1944/45 et, surtout, les combats contre les forces soviétiques dans le nord de la Finlande et la région de Carélie russe autour de Mourmansk.

Les Allemands morts dans les batailles navales et dans la guerre aérienne contre l'Allemagne auraient été surtout le fait des alliés occidentaux, mais les Soviétiques ont aussi de leur coté un bilan non négligeable.

Si l'on tient compte de tout, selon l'estimation la plus répandue, le nombre d'Allemands tués par les Soviétiques est légèrement supérieur à 3,5 millions. Cela comprend les 2,743,000 tués sur le Front de l'Est, les 820 000 morts lors des batailles finales en Allemagne, ainsi que les 100,000 tués dans les Balkans, l'Europe du Nord et les mers, ceci en retranchant les 94 000 morts non enregistrées en captivité soviétique et les 20,000 exécutés sur le front de l'Est.

En d'autres termes, sur les 4,743,000 Allemands tués au cours de la Seconde Guerre mondiale, 3,549,000 soit 75% l'ont été par les Soviétiques.

Ces chiffres ne prennent pas en compte l'ensemble des soldats de l'Axe tués par les forces soviétiques. Selon Krivosheev, quelque 215,000 citoyens soviétiques ont été tués en combattant dans l'uniforme allemand de l'armée, de la police auxiliaire ou de la Waffen SS.

De plus, les alliés de l'Allemagne ont perdu des centaines de milliers d'hommes.

De 1941 à 1945 La Finlande, pour laquelle il existe des données fiables, a perdu quelque 60,000 hommes. Pour les autres alliés de l'Axe, les chiffres sont quelque peu évasifs.

Selon certaines estimations, l'Italie a perdu plus de 90,000 militaires sur le front de l'Est, dont quelque 50,000 hommes qui ont péri après avoir été capturés par les Soviétiques.

Krivosheev donne des chiffres pour les soldats hongrois et roumains tués, respectivement 350,000 et 480,000, mais c'est peut-être une exagération.

Sur les 300,000 soldats hongrois qui seraient morts pendant la Seconde Guerre mondiale, Krivosheev estime que 55,000 d'entre eux sont morts en captivité, et de 200 000 à 250 000 auraient été tués dans des batailles contre l'Armée rouge.

La Roumanie a quitté l'Axe en août 1944, mais a envoyé deux fois plus de troupes sur le front de l'Est que la Hongrie. Le nombre de ses combattants morts face à l'armée rouge est donc au moins aussi important que celui de la Hongrie, et probablement plus élevé.

Grosso modo, face aux Soviétiques, les forces de l'Axe ont perdu quelque 4,3 militaires dont 3,55 millions d'Allemands, 200,000 collaborateurs soviétiques et plus de 500,000 alliés de l'Axe. Ce sont les statistiques du nombre de tués lors des combats qui ne prennent pas en compte les morts parmi les prisonniers de guerre.

Comme je l'ai dit, le chiffre correspondant pour les forces soviétiques est de 7,5 millions, dont 7,25 millions de soldats de l'Armée rouge et le reste parmi les partisans et les miliciens. L'ajout des pertes subies par les unités polonaises, tchécoslovaques, roumaines et bulgares subordonnées aux Soviétiques, mais ne faisant pas partie de l'Armée rouge, pourrait faire grimper à 7,6 millions le nombre de morts alliés à l'Est.

Cela donne un ratio brut de pertes à l'Est de 1 pour 1,8 (4,3 millions contre 7,6 millions)*.  Ce ratio, bien que favorable à l'Axe, balaye la fausse croyance comme quoi les forces soviétiques auraient souvent combattu en libérant des masses d'hommes à peine armés ou désarmés lors d'attaques massives de "vagues humaines" dont le seul but aurait été de vaincre l'ennemi par le simple poids du nombre.

Si l'on ne tient pas compte des deux premières années de guerre qui ont frappé l'Union soviétique par surprise alors qu'elle n'y était préparée et où l'Armée rouge était particulièrement mal commandée, le rapport est encore plus équilibré. En fait, comme les pertes soviétiques se sont produites de façon disproportionnée au début de la guerre et les pertes allemandes dans sa dernière phase, le taux de pertes vers la fin de la guerre et dans des opérations soviétiques les mieux exécutées, était en réalité en faveur des Soviétiques.

*Les ratios les plus défavorables au côté soviétique englobent souvent tous les soldats soviétiques morts sans préciser que plus de 3 millions d'entre eux ont péri dans les camps de prisonniers de la Wehrmacht. Ils sous-estiment aussi les pertes allemandes en n'y incorporant que les morts et oublient celles des alliés de l'Allemagne.

Sources:

Overmans, Rűdiger. Deutsche Militärische Verluste im Zweiten Weltkrieg. Oldenbourg 2000.

Krivosheev, G. F.. Soviet Casualties and Combat Losses in the Twentieth Century. Pennsylvanie: Stackpole Books 1997

Lien de l'article en anglais:

https://russia-insider.com/en/wwii-3-out-4-german-kia-were-soviet-army/ri6663

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