Janvier 1793: le révolutionnaire Jean-Paul Marat commente l’exécution du roi Louis XVI

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Il y a 226 ans, le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI a été guillotiné après avoir été jugé et reconnu coupable de trahison et d’intelligence avec l’ennemi (il avait correspondu avec la monarchie d’Autriche-Hongrie en guerre contre la France en lui enjoignant d’envoyer les armées austro-hongroises prendre Paris et avait tenté de s’enfuir vers la zone tenue par l’ennemi austro-hongrois). Voici un texte écrit par le révolutionnaire Jean-Paul Marat à l'occasion de l'exécution du roi Louis XVI:

L'exécution du tyran

Par Jean-Paul Marat pour le Journal de la République française, n° 105 le 23 janvier 1793

Jean-Paul Marat

Jean-Paul Marat

La tête du tyran vient de tomber sous l'épée de la loi; le même coup a renversé les fondements de la monarchie parmi nous. Je crois enfin en la république.

Afin de le soustraire à son exécution, les sbires du despote ont cherché à nous faire craindre les effets de sa mort. Comme ces peurs étaient vaines! Les précautions prises pour maintenir la tranquillité étaient imposantes, sans aucun doute; elles ont été dictées par prudence, mais elles se sont néanmoins révélées superflues: on pouvait avoir confiance en l'indignation publique du Temple à l'échafaud; pas une seule voix n'a réclamé la grâce lors de l'exécution, aucune une voix ne s'est élevée en faveur de l'homme qui avait jadis décidé du destin de la France. Un profond silence régnait tout autour de lui et, lorsque sa tête fut montrée au peuple, les cris de "Vive la nation Vive la république!" s'élevèrent.

Le reste de la journée fut parfaitement calme. pour la première fois depuis la fédération, les gens semblaient animés d'une joie sereine: on aurait pu croire qu'ils venaient de participer à une fête religieuse, délivrée du poids de l'oppression qui les pesait depuis si longtemps; et, pénétrés par le sentiment de fraternité, tous les cœurs se sont livrés à l'espoir d'un avenir plus heureux.

Cette douce satisfaction n'a été troublée que par le chagrin causé par l'horrible attentat contre la personne d'un représentant de la nation [1], pour avoir voté pour la mort du tyran.

L'exécution de Louis XVI est l'un de ces événements mémorables qui marquent une époque dans l'histoire des nations. Cela aura une influence prodigieuse sur le sort des despotes de l’Europe et sur les peuples qui n’ont pas encore brisé leurs chaînes.

En prononçant la peine de mort contre le tyran des Français, la Convention nationale s’est sans doute montrée grande, mais c’est le souhait de la nation et la manière dont le peuple a regardé le châtiment de son ancien maître qui l’a élevé bien au-delà de leurs représentants car, sans aucun doute, les mêmes sentiments qui animaient les citoyens de Paris et les fédérés animaient les citoyens de tous les départements.

L'exécution de Louis XVI, loin de troubler la paix de l'État, ne servira qu'à le renforcer, non seulement en maîtrisant les ennemis intérieurs par la terreur, mais également en le protégeant des ennemis extérieurs. Cela donnera également à la nation une nouvelle force pour repousser les hordes féroces de sbires étrangers qui oseraient porter les armes contre elle. Car il n’y a aucun moyen de revenir en arrière, et c’est la position dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui: il faut gagner ou périr, vérité palpable que Cambon a rendue dans une image sublime lorsqu’il a dit à la tribune, hier avant-hier: nous avons enfin accostés sur l'île de la liberté et nous avons incendié le navire qui nous y avait conduits. "

1. L’assassin est ce Paris qui, l’année dernière, a insulté les patriotes dans les cafés et qui a eu une liaison avec Boyer dans laquelle il s’est mal sorti. Dimanche dernier, il était avec cinq voyous chez un traiteur du palais d’Egalité, où Pelletier prenait habituellement ses repas. Sortant d'une pièce voisine au moment où Pelletier payait sa note, il lui demanda s'il avait voté en faveur de la mort [du roi]. En entendant son affirmation, il lui a plongé son sabre dans le ventre, blessure dont le vertueux député est mort pendant la nuit.

Traduit en anglais par Mitchell Abidor

Lien de l'article en anglais:

https://www.marxists.org/history/france/revolution/marat/1793/tyrant.htm

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