Thaïlande: la plus grande manifestation pro-démocratie de ces dernières années alors que la junte militaire retarde encore les élections

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Des manifestants se rassemblent dans des villes du pays alors que le gouvernement militaire semble prêt à repousser le vote pour la cinquième fois

Hannah Ellis-Petersen à Bangkok pour The Guardian le 14 janvier 2019

Manifestants thaïlandais

Manifestants thaïlandais

Les tensions continuent de croître en Thaïlande, la junte militaire au pouvoir ayant annoncé que les élections retardées depuis longtemps seraient reportées à une date ultérieure, le cinquième retard en moins de cinq ans.

Dimanche, lors de l'une des plus grandes manifestations en faveur de la démocratie en Thaïlande depuis plus de quatre ans, des centaines de personnes sont descendues dans les rues pour la troisième fois en une semaine pour critiquer le gouvernement militaire qui semblait avoir renié ses assurances selon lesquelles les élections auraient finalement lieu le 24 février.

C’est la cinquième fois que la junte militaire, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État sans effusion de sang en 2014, retarde les élections et empêche le retour du pays à la démocratie. Connu sous le nom de Conseil national pour la paix et l'ordre (CNPO), il a déclaré à plusieurs reprises que le pays n'était pas «prêt» pour des élections, mais le dernier ajournement a été attribué au souci de ne pas interférer avec le couronnement du nouveau roi.

Au cours du week-end, environ 200 manifestants se sont rassemblés au carrefour Ratchaprasong à Bangkok - le lieu symbolique où des dizaines de manifestants pro-démocratie ont été tués lors d’un assaut de l’armée en 2010 - portant des banderoles exigeant des élections le mois prochain, tandis que de plus petits groupes se rassemblaient dans d’autres villes de Thaïlande.

Le général Apirat Kongsompong, commandant en chef de l'armée, a publiquement condamné les manifestants, affirmant qu'ils étaient "déterminés à semer le trouble".

«On leur dit de penser ainsi, on leur ordonne de se comporter ainsi, d’avoir une pensée unique, sans tenir compte d’autres facteurs légitimes et sans regarder la constitution», a déclaré Aparit, secrétaire général du NCPO, lors d’une conférence de presse.

Alors que beaucoup en Thaïlande restaient sceptiques quant à la tenue des élections promises, la date de février avait semblé presque certaine, après une déclaration de la commission électorale à la fin de l'année dernière. L’interdiction des activités politiques et des rassemblements de plus de cinq personnes a également été levée à la fin du mois de décembre, ce qui est le principal indicateur de la tenue d’élections.

 

Mais les espoirs électoraux ont été à nouveau anéantis au début du mois de janvier lorsque l’armée n’a pas promulgué le décret officiel attendu, qui officialise la date des élections. Quelques jours plus tard, le vice-Premier ministre Wissanu Krea-ngam a indiqué que le scrutin serait reporté car il pourrait interférer avec les rituels et les préparatifs du couronnement du roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn, qui se tiendra du 4 au 6 mai.

La commission électorale n'a pas encore officiellement annoncé le report, mais le retard persistant dans le décret le rend très probable.

Les dernières élections officielles en Thaïlande, il y a huit ans, en 2011, ont eu lieu après des mois de manifestations en faveur de la démocratie organisées par des activistes connus sous le nom de «chemises rouges», et ont abouti à l'élection de Yingluck Shinawatra, première femme Premier ministre thaïlandais et sœur de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra. Un autre scrutin a eu lieu à nouveau en 2014, mais il a ensuite été invalidé par la cour constitutionnelle et l'armée a pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat peu après.

Selon la nouvelle constitution de la Thaïlande, qui pèse lourdement sur le système politique en faveur du maintien du pouvoir militaire, des élections doivent avoir lieu le 9 mai.

Lien de l’article en VO:

https://www.theguardian.com/world/2019/jan/14/thailand-biggest-democracy-protests-in-years-held-as-military-junta-delays-elections?fbclid=IwAR152kAVfHk6CRqrJBYjV_1GoLYT-VsF6IZQh4FXS7B9ttZTTsXutvBru6k

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