Y a-t-il encore de l'espoir pour le Rojava?

Publié le

Par Edward Hunt pour Counterpunch le 9 janvier 2019

Combattante kurde du Rojava (crédit photo: Sputnik)

Combattante kurde du Rojava (crédit photo: Sputnik)

Alors que les responsables de la politique étrangère américaine contestent la décision du président Donald Trump de retirer les forces américaines de la Syrie, il apparaît que ces responsables ne se rendent pas compte de l’impact le plus important de cette décision : son effet sur la révolution au Rojava, qui représente l’expérience démocratique la plus prometteuse au Moyen-Orient.

Depuis que Trump a annoncé le 19 décembre le retrait des forces américaines en Syrie, la plupart des responsables de la politique étrangère sont pris d’une sorte de panique collective concernant les implications géopolitiques de cette décision pour le pouvoir américain et son influence au Moyen-Orient. Bien que certains responsables américains soutiennent la décision de Trump, arguant qu'une présence militaire américaine directe en Syrie n'est plus nécessaire, la plupart des experts en politique étrangère considèrent qu’elle signifie à la fois une victoire des ennemis des Etats-Unis et le sacrifice des Forces démocratiques syriennes (SDF) dirigées par les Kurdes, forces soutenues par les États-Unis et qui combattent l'État islamique en Syrie.

«Un retrait précipité des troupes américaines affaiblira les intérêts américains en Syrie», affirme l'ancienne fonctionnaire américaine Mona Yacoubian, actuellement conseillère principale à l'Institut de la paix américain.

Tout au long du débat, les responsables américains se sont peu attardés sur les conséquences de la décision de Trump pour la révolution de Rojava. Sans forces américaines positionnées au Rojava, cette région du nord-est de la Syrie dirigée par les Kurdes, les Kurdes syriens qui y mènent une révolution sociale font face à une attaque imminente de la part de la Turquie, qui a menacé à plusieurs reprises de les éliminer ainsi que leur révolution.

«Si nous partons maintenant, les Kurdes vont se faire massacrer», a averti la sénatrice Lindsey Graham (R-SC).

La révolution au Rojava est l’un des rares développements positifs à émerger de la guerre civile en Syrie. Au cours des dernières années, les Kurdes syriens ont créé des communautés autonomes impliquant la participation démocratique de leurs résidents, y compris des femmes et des minorités ethniques. Attachés aux principes du féminisme, de l'environnementalisme et du confédéralisme démocratique, les Kurdes syriens ont réuni ces communautés au sein d'une fédération démocratique autonome dans le nord de la Syrie.

Malheureusement, les autorités américaines n’ont jamais pleinement soutenu la révolution du Rojava. Après que les Kurdes syriens eurent annoncé la création de leur nouvelle région autonome en mars 2016, les autorités américaines ont exprimé leur désapprobation. En novembre dernier, James Jeffrey, représentant spécial des États-Unis pour l'engagement en Syrie, a déclaré au Congrès que la région était avant tout un important levier de négociation avec le gouvernement syrien. La relation, a-t-il ajouté, entre les États-Unis et les Kurdes syriens est "tactique et temporaire".

Même dans le contexte de ce soutien américain limité, la récente décision de Trump est une grave trahison. Au cours des dernières années, les responsables américains ont à maintes reprises félicité les Kurdes de Syrie, leurs partenaires les plus efficaces dans la lutte contre l'État islamique en Syrie, tout en s’engageant à ne pas les abandonner. En septembre dernier, Trump a félicité les Kurdes qu’il a qualifiés de «gens formidables» et il a insisté sur le fait «qu’il faut les aider».

"Des dizaines de milliers de Kurdes sont morts en combattant l'Etat islamique", a déclaré Trump. "Ils sont morts pour nous et avec nous."

Avec sa dernière annonce, Trump a jeté au vent toutes ces promesses, laissant les responsables de l’administration faire marche arrière sur leurs engagements antérieurs. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, qui avait auparavant qualifié les Kurdes de Syrie de "partenaires importants" et s'était engagé à les inclure dans les négociations à venir pour mettre fin à la guerre en Syrie, élude maintenant toute question concernant l'obligation qu’ont les Etats-Unis de les aider.

Le conseiller national à la sécurité, John Bolton, a récemment déclaré que le retrait américain était subordonné à l'engagement turc de ne pas attaquer les Kurdes, tout en confirmant que "nous allons nous retirer du nord-est de la Syrie".

Compte tenu du prochain retrait américain, les Kurdes syriens font face, de la part de la Turquie, à une menace sur leur existence même. Pendant des années, le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a cessé de menacer d'éradiquer les Kurdes syriens, les présentant comme des terroristes au même titre que l'État islamique.

Selon l'ancien secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, Erdogan a déclaré un jour : "Nous ferons tout ce qui est nécessaire, par tous les moyens, pour éliminer les Kurdes".

Au début de l’année dernière, le gouvernement turc a mis ses menaces à exécution, en envahissant et en conquérant Afrin, l’un des trois cantons de Rojava. Quelque 200,000 habitants ont fui la région et environ 500 civils ont été tués. Plus de 800 combattants kurdes sont morts en essayant de défendre la région.

Une autre incursion turque dans le nord de la Syrie serait désastreuse pour les Kurdes syriens et la révolution au Rojava.

Certains responsables américains ont indiqué qu’ils pouvaient aider les Kurdes de Syrie en les approvisionnant en armes. Le Comité d'urgence pour Rojava, un réseau de soutien nouvellement créé, en appelle au Congrès pour fournir une assistance économique, politique et militaire.

Si les États-Unis ont réellement pour mission d'aider les mouvements démocratiques dans le monde entier, les autorités américaines viendront en aide aux Kurdes syriens. Les prochaines actions de l’administration Trump pourraient très bien être déterminantes pour la survie de la révolution du Rojava ainsi que de ses dirigeants.

Lien de l’article en anglais:

https://www.counterpunch.org/2019/01/09/is-there-still-hope-for-rojava/

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