La guerre avec la Chine? Elle est déjà en cours

Publié le

Par Michael T. Klare pour Counterpunch le 20 février 2019

A gauche le président américain Donald Trump et à droite le président chinois Xi Jinping

A gauche le président américain Donald Trump et à droite le président chinois Xi Jinping

Dans son livre de 2017, Destined for War, livre qui a connu un grand succès, le professeur Graham Allison de Harvard a évalué la probabilité que les États-Unis et la Chine se retrouvent un jour en guerre. En établissant la comparaison entre la relation américano-chinoise actuelle et les rivalités entre les grandes puissances, cela jusqu’à la guerre du Péloponnèse au 5e siècle avant notre ère, il conclut que le risque d’une conflagration future était considérable. Cependant, comme dans la plupart des analyses actuelles sur les relations américano-chinoises, il a négligé un point crucial : pratiquement, les États-Unis et la Chine sont déjà en guerre. Même si le conflit latent qui les oppose actuellement ne se traduit pas par les dévastations immédiates d’une guerre conventionnelle, ses conséquences à long terme pourraient ne pas être moins graves.

Suggérer cela signifie qu’il nous faut réévaluer notre idée de ce qui constitue la guerre. Du point de vue d’Allison (et de tant d’autres à Washington et ailleurs), la «paix» et la «guerre» se situent à des pôles opposés. Un jour, nos soldats sont dans leur garnison en train de s'entraîner et de nettoyer leurs armes. Le lendemain, ils sont appelés à l'action et envoyés sur un champ de bataille. La guerre, lorsqu’on l’envisage ainsi, commence au moment où les premiers coups de feu sont tirés.

Eh bien, il faut changer de manière de voir, en cette nouvelle ère de rivalité croissante et de concurrence entre les grandes puissances. Aujourd'hui, la guerre est bien plus qu'un combat militaire et peut même advenir alors que les chefs des puissances belligérantes se rencontrent pour négocier et partager de la viande séchée avec de la purée (comme Donald Trump et Xi Jinping l'ont fait à Mar-a-Lago en 2017). C’est exactement où nous en sommes en ce qui concerne les relations sino-américaines. Considérez qu’il s’agit d’une guerre, mais sous un autre nom, ou peut-être, pour reprendre un terme qui n’a pas été utilisé depuis longtemps, une nouvelle version brûlante d'une guerre froide.

Même avant l’entrée de Donald Trump dans le bureau ovale, l’armée américaine et d’autres branches du gouvernement se préparaient déjà à une quasi-guerre de longue durée, qui comprenait des pressions économiques et diplomatiques croissantes sur la Chine et un renforcement des forces militaires à la périphérie de ce pays. Depuis son arrivée, ces pressions ont évolué vers une guerre froide, sous un autre nom, son gouvernement étant résolu à vaincre la Chine dans une lutte pour la suprématie économique, technologique et militaire.

Cela comprend la «guerre commerciale», très médiatisée par le président, avec la Chine, visant à entraver la croissance future de ce pays ; une techno-guerre conçue pour l’empêcher de dépasser les États-Unis dans des domaines technologiques décisifs ; une guerre diplomatique visant à isoler Pékin et à faire échec à ses plans grandioses de rayonnement mondial; une cyber-guerre (en grande partie cachée à l’opinion publique) ; et également une série de mesures militaires. Ce n'est peut-être pas une guerre au sens traditionnel du terme, mais pour les dirigeants des deux côtés, cela y ressemble diablement.

Pourquoi la Chine?

Les médias et de nombreux hommes politiques continuent à se concentrer sur les relations américano-russes, en grande partie à cause des révélations sur l’ingérence de Moscou lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 et aussi de l’enquête en cours dans l'affaire Mueller. En coulisse, cependant, la plupart des hauts responsables de l’armée et de la politique étrangère à Washington considèrent la Chine, et non la Russie, comme le principal adversaire du pays. En Ukraine orientale, dans les Balkans, en Syrie, dans le cyber-espace et dans le domaine des armes nucléaires, la Russie fait peser de nombreuses menaces sur les objectifs et les désirs de Washington. Néanmoins, en tant qu’État pétrolier aux prises avec des difficultés économiques, la Russie n’a pas le pouvoir de remettre véritablement en cause le statut des  États-Unis en tant que puissance dominante du monde. La Chine, c’est tout à fait une autre histoire. Avec sa vaste économie, ses prouesses technologiques croissantes, son projet d’infrastructure intercontinentale Belt and Road (la nouvelle route de la soie) et sa modernisation militaire rapide, une Chine enhardie pourrait un jour égaler, voire dépasser, la puissance américaine à l’échelle mondiale. Chose que les élites américaines sont déterminées à empêcher à tout prix .

Les craintes de Washington face à une Chine émergente étaient manifestes avec la publication en janvier de la 2019 Worldwide Threat Assessment of the US Intelligence community (Évaluation de la menace mondiale en 2019 par l’ensemble du renseignement américain), synthèse des points de vue de la Central Intelligence Agency et d'autres organismes du Renseignement. Sa conclusion: " Nous estimons que les dirigeants chinois vont essayer d'accroître l’influence économique, politique et militaire du pays tout en utilisant les capacités militaires de la Chine et ses investissements dans les infrastructures et dans l'énergie à l'étranger, dans le cadre du projet Belt and Road afin de réduire l'influence des États-Unis."

Pour contrer de tels efforts, chaque branche du gouvernement est appelée désormais à mobiliser ses capacités pour renforcer le pouvoir américain - et réduire celui de la Chine. Dans les documents du Pentagone, cette règle est résumée par le terme overmatch que l’on peut traduire par le maintien immuable de la supériorité globale américaine par rapport à la Chine (et à tous les autres rivaux potentiels). Le département National Security Stategy insiste sur le fait que "les États-Unis doivent conserver leur supériorité" et pour ce faire préserver "un ensemble de moyens suffisants pour empêcher le succès de l’ennemi", tout en continuant à "façonner l’environnement international de manière à protéger nos intérêts".

En d'autres termes, il ne pourra jamais y avoir de parité entre les deux pays. Le seul statut acceptable pour la Chine est celui d’une puissance nettement inférieure. Les responsables de l’administration insistent sur le fait que, pour garantir un tel résultat, les États-Unis doivent prendre des mesures au quotidien afin de contenir ou d’empêcher sa progression.

Aux époques précédentes, comme le souligne Allison dans son livre, cette situation - une puissance dominante cherchant à conserver son statut dominant et une puissance montante cherchant à dépasser son statut subalterne - a presque toujours donné lieu à une guerre conventionnelle. Dans le monde d’aujourd’hui, cependant, où un combat armé entre grandes puissances pourrait éventuellement se solder par un affrontement nucléaire et une annihilation mutuelle, le conflit militaire direct est une option manifestement peu désirable pour toutes les parties. Donc, les instances dirigeantes ont développé d'autres moyens de guerre - économiques, technologiques et secrets - pour atteindre leurs objectifs stratégiques. Vu sous cet angle, les États-Unis sont déjà en quasi-combat contre la Chine.

La guerre commerciale

En matière économique, le langage reflète clairement la réalité. La lutte économique menée par l'administration Trump contre la Chine est régulièrement décrite, ouvertement et sans réserve, comme une «guerre». Et il ne fait aucun doute que les hauts responsables de la Maison-Blanche, à commencer par le président et son représentant en chef du commerce, Robert Lighthizer, la voient ainsi : comme un moyen d’écraser l’économie chinoise et par là même de limiter la capacité de ce pays à concurrencer les États-Unis dans tous les autres lieux de pouvoir.

En apparence, l'objectif de la décision prise par le président Trump en mai 2018 d'imposer des droits de douane de 60 milliards de dollars sur les importations en provenance de la Chine (porté à 200 milliards de dollars en septembre) était de corriger un déséquilibre commercial entre les deux pays, tout en protégeant l'économie américaine contre ce que l'on appelle le comportement pervers chinois. Comme l'a dit le président en annonçant la seconde augmentation des droits de douane, les pratiques commerciales de la Chine "constituent manifestement une grave menace pour la santé et la prospérité à long terme de l'économie américaine",.

Un examen des demandes présentées aux négociateurs chinois par la Délégation américaine du Commerce en mai dernier montre toutefois que l’intention première de Washington n’était pas de rectifier ce déséquilibre commercial, mais bien de freiner la croissance économique de la Chine. Parmi les stipulations que Pékin doit accepter avant d’obtenir un allégement tarifaire, selon certains documents des négociateurs américains qui ont fuité et ont été diffusés sur les médias sociaux chinois :

* mettre un terme à toutes subventions gouvernementales aux industries manufacturières avancées dans le programme Made in China 2025, qui englobe dix secteurs économiques clés, notamment la construction aéronautique, les voitures électriques, la robotique, les puces informatiques et l'intelligence artificielle ;

* accepter les restrictions américaines sur les investissements dans les technologies sensibles sans exercer de représailles ;

* ouvrir ses secteurs des services et de l'agriculture - domaines dans lesquels les entreprises chinoises ont un avantage inhérent - à la concurrence américaine à part entière.

En fait, cela devrait être considéré comme une simple déclaration de guerre économique. Accepter de telles exigences reviendrait à accepter un statut de subordonné permanent vis-à-vis des États-Unis, dans l’espoir de poursuivre des relations commerciales fructueuses avec ce pays. "La liste se lit comme les conditions d'une reddition plutôt que comme une base de négociation", comme l’a justement qualifiée Eswar Prasad, professeur d'économie à l'Université Cornel.

La guerre technologique

Comme le suggèrent les exigences commerciales des États-Unis, l’intention de Washington n’est pas seulement d’entraver l’économie chinoise aujourd’hui ou demain, mais encore pendant des décennies. Cela a conduit à une campagne intense et de grande envergure pour priver la Chine de l'accès aux technologies de pointe et pour paralyser ses principales entreprises de technologie.

Les dirigeants chinois ont compris depuis longtemps que, pour que leur pays atteigne la parité économique et militaire avec les États-Unis, ils doivent maîtriser les technologies de pointe qui domineront l’économie mondiale du XXIe siècle, y compris l’intelligence artificielle (IA), la génération (5G) des télécommunications, les véhicules électriques et les nanotechnologies. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement investisse énormément dans l’enseignement des sciences et de la technologie, subventionne la recherche dans des domaines pionniers et aide au lancement de startups prometteuses, entre autres - tout comme Internet et d’autres innovations informatiques et aérospatiales américaines ont été initialement financés et encouragés par le ministère de la Défense US.

Les entreprises chinoises ont également exigé des transferts de technologie lorsqu’elles investissent dans des partenariats industriels avec des entreprises étrangères, ce qui est courant dans le développement international. L'Inde, pour citer un exemple récent de ce phénomène, s'attend à ce que d'importants transferts de technologie d'entreprises américaines soient l'un des résultats de ses achats prévus d'armement américain de pointe.

En outre, des entreprises chinoises ont été accusées d'avoir volé la technologie américaine par le biais du vol électronique, provoquant un tollé général dans le pays. En réalité, il est difficile pour des observateurs extérieurs de déterminer dans quelle mesure les progrès technologiques récents de la Chine sont le produit d’investissements normaux et légitimes dans la science et la technologie et dans quelle mesure ils sont dus au cyber-espionnage. Étant donné les investissements massifs de Pékin dans l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques au niveau universitaire et postuniversitaire, il est toutefois raisonnable de supposer que la plupart des progrès de ce pays résultent des efforts déployés au niveau national.

Certes, étant donné ce que l’on connaît des activités des cyber-voleurs en Chine, il est normal que les autorités américaines fassent pression sur Pékin pour qu’un terme soit mis à ces pratiques. Cependant, les procédés de l’administration Trump en vue de ralentir les progrès technologiques de ce pays visent également des activités parfaitement légitimes. Par exemple, la Maison Blanche cherche à interdire au gouvernement de Pékin de subventionner les recherches en matière d’intelligence artificielle, alors même que le département de la Défense consacre des milliards de dollars à la recherche sur l’IA chez lui. L’administration agit également pour bloquer l’acquisition par la Chine d’entreprises technologiques américaines et l’exportation de composants avancés et de savoir-faire.

Exemple de cette guerre technologique qui a fait les gros titres ces derniers temps, Washington cherche activement à saboter les efforts de Huawei, l’une des sociétés de télécommunications les plus en vue en Chine, afin de prendre le leadership dans le déploiement mondial des communications sans fil 5G. Ces systèmes sans fil sont importants en partie car ils transmettront des quantités colossales de données électroniques à des vitesses bien supérieures à celles qu’on peut imaginer, facilitant ainsi l’introduction de voitures autonomes, la robotisation sur une grande échelle et l’application universelle de l’IA.

En deuxième position derrière Apple en tant que fournisseur mondial de smartphones et grand producteur d’équipements de télécommunications, Huawei a cherché à prendre la tête de la course à l’adaptation de la 5G dans le monde entier. Craignant que cela donne à la Chine un avantage énorme dans les décennies à venir, le gouvernement Trump a tenté d'empêcher cela. Dans ce qui est largement décrit comme une «guerre froide technologique», il a exercé une pression énorme sur ses alliés asiatiques et européens pour qu’ils interdisent à la société d’exercer ses activités dans leur pays, alors même qu’il cherchait à arrêter le directeur financier de Huawei au Canada, Meng Wanzhou, et demandait son extradition vers les États-Unis pour avoir incité les banques américaines à aider les entreprises iraniennes (en violation des sanctions imposées par Washington à ce pays). D'autres attaques contre Huawei sont en cours, notamment un éventuel blocage des ventes de ses produits aux USA. Ces actions sont régulièrement décrites comme visant à renforcer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés, en empêchant le gouvernement chinois d’utiliser les réseaux de télécommunications de Huawei pour voler des secrets militaires. La vraie raison - à peine déguisée - est simplement d'empêcher la Chine d'obtenir une parité technologique avec les États-Unis.

Cyber-​​guerre

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce sujet s’il n’était pas dissimulé à l’ombre du conflit grandissant entre les deux pays. Il n’est pas étonnant que peu d’informations soient disponibles sur la cyber-guerre américano-chinoise. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'une guerre intense est en train de se dérouler entre les deux pays dans le cyber-espace. Les autorités américaines accusent la Chine de s’être livrée à un vaste assaut de cyber-attaques contre les Etats-Unis, impliquant à la fois du cyber-espionnage pour obtenir des secrets militaires et commerciaux et une ingérence politique généralisée. "Ce que les Russes font est bien peu, comparé à ce que fait la Chine", a déclaré le vice-président Mike Pence en octobre dernier dans un discours prononcé au Hudson Institute, sans  fournir la moindre preuve à ce sujet.

Ce que fait ce pays pour lutter contre la Chine dans le cyber-espace n’est pas divulgué. Les informations disponibles permettent seulement de savoir qu'il s'agit d'une guerre bilatérale dans laquelle les États-Unis mènent leurs propres assauts. «Les États-Unis vont imposer rapidement des conséquences coûteuses aux gouvernements étrangers, aux criminels et aux autres acteurs qui se lancent dans des cyber-activités malveillantes significatives», a affirmé la stratégie de sécurité nationale de 2017. La forme que ces «conséquences» ont prise n’a pas encore été révélée, mais il ne fait aucun doute que les cyber-guerriers américains ont été actifs dans ce domaine.

Coercition diplomatique et militaire

Pour compléter l’image de la guerre qui oppose les États-Unis à la Chine, les pressions féroces qui s’exercent sur les fronts diplomatique et militaire visent à contrecarrer les ambitions géopolitiques de Pékin. Pour faire avancer ces aspirations, les dirigeants chinois comptent énormément sur le projet Belt and Road, un plan de plusieurs milliards de dollars visant à financer et à encourager la construction d'un nouveau vaste réseau d'infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et de pipelines en Eurasie, au Moyen-Orient et en Afrique. En finançant - et, dans de nombreux cas, en construisant - de telles infrastructures, Pékin espère créer des liens de plus en plus étroits entre les économies de nombreuses nations lointaines et la Chine, tout en renforçant son influence politique sur le continent eurasien et en Afrique. Selon les dirigeants de Pékin, au moins en ce qui concerne l’économie future de la planète, son rôle serait similaire à celui du plan Marshall, qui a renforcé l’influence américaine en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Et au regard de cette possibilité, Washington a commencé à saper activement le projet Belt and Road là où c’était possible - dissuadant les alliés d’y participer, suscitant un malaise dans des pays comme la Malaisie et l’Ouganda face aux énormes dettes envers la Chine qui pourraient en résulter et décriant la manière cavalière avec laquelle les entreprises chinoises réalisent souvent leurs projets de construction à l’étranger. (Par exemple, ils font généralement venir des ouvriers chinois pour faire le gros du travail, plutôt que d’embaucher et de former des locaux.)

"La Chine verse des pots-de-vin, conclut des accords opaques et utilise la dette pour garder les États africains tributaires des souhaits et exigences de Pékin", a déclaré le conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, dans un discours prononcé en décembre sur la politique américaine sur ce continent. "Ses entreprises d'investissement sont truffées de corruption", a-t-il ajouté, "et ne respectent pas les mêmes normes environnementales ou éthiques que les programmes de développement américains." Bolton avait promis que l'administration Trump fournirait une alternative supérieure aux pays africains à la recherche de fonds de développement, mais – c’est toujours pareil - aucune assistance de ce type ne s’est encore matérialisée.

Outre la répression diplomatique, l'administration a lancé une série d'initiatives visant à isoler militairement la Chine et à limiter ses options stratégiques. En Asie du Sud, par exemple, Washington a abandonné sa position antérieure consistant à maintenir une parité approximative dans ses relations avec l'Inde et le Pakistan, mais a, ces dernières années, fortement basculé vers une alliance stratégique avec New Dehli, tentant de l’impliquer pleinement dans les efforts des États-Unis pour contenir la Chine et, ce faisant, punir le Pakistan pour son rôle de plus en plus enthousiaste dans l’initiative Belt and Road.

Dans le Pacifique occidental, les États-Unis ont intensifié leurs patrouilles navales et conclu de nouveaux accords avec les pouvoirs locaux, le tout dans le but de confiner les forces militaires chinoises dans des zones proches du continent. En réponse, Pékin a cherché à échapper à l'emprise du pouvoir américain en établissant des bases miniatures sur des îles de la mer de Chine méridionale à prétention chinoise (ou même en construisant des îles artificielles pour y abriter des bases) - des initiatives largement condamnées par les faucons de Washington.

Pour démontrer sa colère devant les actions effrontées de Pékin dans le Pacifique (autrefois appelé "lac américain"), la Maison Blanche a ordonné d'intensifier le rythme des opérations dites de "liberté de navigation" (FRONOP). Les navires de guerre de la Marine américaine naviguent régulièrement dans le champ de tir de ces mêmes bases insulaires, suggérant une volonté des États-Unis d’utiliser la force militaire pour résister aux futurs mouvements chinois dans la région (créant également des situations dans lesquelles un faux pas pourrait conduire à un incident militaire pouvant entraîner… eh bien, nul ne sait où).

À Washington, les avertissements concernant l’empiètement de l’armée chinoise dans la région atteignent déjà leur paroxysme. Par exemple, l'amiral Philip Davidson, commandant des forces américaines dans le Pacifique, a décrit la situation dans de récents témoignages devant le Congrès de la manière suivante : "En bref, la Chine est maintenant capable de contrôler la mer de Chine méridionale dans tous les scénarios, à part une guerre avec les États-Unis. "

Une longue guerre d'usure

Comme le suggère l'amiral Davidson, l'un des résultats possibles de la guerre froide en cours avec la Chine pourrait être un conflit armé traditionnel. Une telle rencontre, à son tour, pourrait dégénérer au niveau nucléaire, entraînant un anéantissement mutuel. Une guerre impliquant uniquement des forces «conventionnelles» serait elle-même dévastatrice et entraînerait des souffrances généralisées, sans parler de l'effondrement de l'économie mondiale.

Même si une guerre à coups d’obus et de bombes n’éclate pas, une longue guerre d’usure géopolitique entre les États-Unis et la Chine aura finalement des conséquences débilitantes et peut-être catastrophiques pour les deux parties. Prenez la guerre commerciale, par exemple. Si cela n’est pas résolu rapidement de manière positive, le maintien de droits de douane élevés aux États-Unis sur les importations chinoises freinera sérieusement la croissance économique chinoise et affaiblira ainsi l’économie mondiale dans son ensemble, pénalisant tous les pays de la planète, y compris celui-ci. Les tarifs élevés vont également augmenter les coûts pour les consommateurs américains et mettre en péril la prospérité et la survie de nombreuses entreprises qui dépendent des matières premières et des composants chinois.

Cette nouvelle forme de guerre fera que les dépenses déjà gigantesques de la défense continueront à augmenter, détournant des fonds nécessaires pour des besoins vitaux tels que l'éducation, la santé, les infrastructures et l'environnement. Entretemps, les préparatifs pour une future guerre avec la Chine sont déjà devenus la priorité numéro un du Pentagone, écartant toutes les autres considérations. "Même si nous nous concentrons sur les opérations en cours", aurait déclaré à ses cadres le secrétaire d'Etat à la Défense par intérim, Patrick Shanahan, lors de son entrée en fonction en janvier, "n’oubliez pas la Chine, la Chine, la Chine".

Il est probable que la plus grande victime de ce conflit en cours sera la planète Terre elle-même et toutes les créatures, hommes compris, qui l'habitent. En tant que les deux principaux émetteurs de gaz à effet de serre qui modifient le climat, les États-Unis et la Chine doivent s’unir pour mettre fin au réchauffement de la planète, sinon nous sommes tous condamnés à un avenir effroyable. Avec une guerre en cours, même une guerre non conventionnelle, les chances d'une telle collaboration sont pratiquement nulles. Le seul moyen de sauver la civilisation est que les États-Unis et la Chine déclarent la paix et se concentrent ensemble sur le salut humain.

Lien de l'article en VO:

https://www.counterpunch.org/2019/02/20/war-with-china-its-already-under-way/

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