L’ONG Oxfam et la prostitution

Publié le

Les allégations sur la prostitution concernant Oxfam ne me surprennent pas. J'ai déjà vu tout ça avec des organisations caritatives du monde entier - et de l'ONU.

En 1999, lors de mon premier voyage au Kosovo, mon chauffeur m'avait dit qu'un certain nombre de bordels étaient en construction à proximité de la zone habitée par de nombreux organismes de bienfaisance et organisations des Nations Unies, un grand nombre des hommes qui travaillaient là étant des clients habituels de prostitués. Cela en dépit du fait qu'ils travaillaient sur des programmes anti-trafic.

Par Julie Bindel pour The Independent le lundi 12 février 2018

Les survivants du séisme de 2010 ayant tué plus de 200,000 personnes en Haïti lavent leurs vêtements à Port-au-Prince (Getty)

Les survivants du séisme de 2010 ayant tué plus de 200,000 personnes en Haïti lavent leurs vêtements à Port-au-Prince (Getty)

Juste au moment où je pensais que mon opinion sur les lobbyistes favorables à la prostitution ne pourrait pas baisser plus, je trouve un tweet sur le scandale Oxfam: «L'achat de services sexuels auprès de professionnels ne constitue pas une inconduite sexuelle et les femmes en Haïti ont peut-être été ravies de trouver ce travail. J’ai horreur des balivernes officielles prétendant que les travailleurs humanitaires sont des puritains ou des saints.»

Voilà où nous en sommes. L'idée que les femmes impliquées dans la prostitution en Haïti tirent d’une certaine façon un bénéfice du fait d'être achetées et vendues par les mêmes hommes qui sont supposés les aider à se sortir de cette vie infernale.

Voyons ce que défend cette personne. Le directeur d'Oxfam en Haïti, Roland van Hauwermeiren, admet avoir utilisé des femmes prostituées dans des locaux payés avec des fonds de bienfaisance. Des enfants pourraient bien avoir fait partie des personnes abusées par van Hauwermeiren et d'autres travailleurs humanitaires. Cela s'est produit après le séisme de 2010, qui a fait 220,000 morts, 300,000 blessés et 1,5 million de sans-abri.

Il y a également des rumeurs selon lesquelles de hauts responsables masculins de l'association auraient utilisé des femmes et des filles prostituées au Tchad en 2006. De nombreux hommes travaillant dans des pays en développement considèrent qu’utiliser les femmes de cette manière est l’un des ‘à-côtés de leur job’. On sait que souvent les marchés du sexe, comme par exemple aux Philippines, n’existent que grâce à la présence de militaires et de soi-disant ‘soldats de la paix’.

Ces hommes ouvrent la voie à de terribles violations des droits de l’homme. Ils favorisent littéralement un système générateur de misère et de déchirements chez les femmes et les enfants. Après le tremblement de terre, de nombreux cas d’abus sexuels sur des enfants et de trafics d’êtres humains ont été commis dans les orphelinats d’Haïti, et des jeunes femmes ont évoqué le désespoir et la pauvreté qui les avaient conduites à la prostitution de rue.

Andrew Mitchell dit qu'Oxfam a bien signalé le problème au ministère du Développement international mais qu'il n'en a pas été informé

Partout où ont lieu des conflits ou des catastrophes naturelles, où existe une extrême pauvreté, les femmes et les enfants sont victimes de prostitution. Les trafiquants ciblent des pays tels que Haïti, sachant qu'ils pourront y faire leur choix, car les femmes et les filles y seront d’autant plus vulnérables.

J'ai déjà été témoin de tels scandales. En 1999, lors de mon premier voyage au Kosovo, mon chauffeur m'avait dit qu'un certain nombre de bordels étaient en construction à proximité de la zone habitée par de nombreux organismes de bienfaisance et organisations des Nations Unies, car beaucoup des hommes qui travaillaient là-bas étaient des clients habituels de prostituées. Cela en dépit du fait qu'ils travaillaient sur des programmes anti-trafic. J'ai vu un certain nombre d'hommes entrer et sortir de ces établissements, alors que beaucoup d'entre eux étaient là pour conseiller les forces de l'ordre locales sur les stratégies de lutte contre la traite des femmes.

Je me souviens également du scandale qui éclata lorsque Kathryn Bolkovac, une observatrice membre de la Force opérationnelle de Police internationale des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine, poursuivit son employeur en justice pour licenciement abusif lorsqu'elle perdit son emploi en 1999 pour avoir signalé que des policiers payaient pour des relations sexuelles, violaient des filles mineures et participaient à la traite des femmes. J'étais dans les Balkans lorsque la nouvelle a été publiée et j'en ai parlé à plusieurs responsables de l'ONU. Bon nombre des hommes à qui j'ai parlé ont soit justifié le fait que des fonctionnaires paient pour avoir des relations sexuelles, suggérant qu'ils étaient loin de chez eux pendant longtemps et qu'ils avaient ‘besoin’ de relations sexuelles, soit accusé Bolkovac de mentir.

David Lamb, un ancien policier de Philadelphie qui a été enquêteur des Nations Unies pour les droits de l'homme en Bosnie jusqu'en 2009, a enquêté sur des allégations selon lesquelles six officiers roumains, fidjiens et pakistanais en poste dans la ville de Bijeljina participaient au trafic de prostituées.

Lamb a trouvé de nombreuses preuves justifiant l’ouverture d’une enquête criminelle à grande échelle, mais il a été menacé physiquement et bloqué par ses supérieurs, notamment par un officier supérieur de police ukrainien qui a ordonné de mettre fin à l'enquête.

Le commerce du sexe repose sur le colonialisme et le racisme, ainsi que sur la misogynie. Qu'il s'agisse de la surreprésentation de filles et de femmes afro-américaines dans la prostitution aux États-Unis ou l’utilisation de femmes et de filles autochtones dans des pays tels que l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, il est clair que les hommes blancs, riches et puissants considèrent qu’ils ont le ‘droit’ d’user de ces femmes et de ces filles comme de marchandises.

Oxfam est censé placer les femmes et les enfants vulnérables au centre de ses efforts. Pourtant, certains des plus hauts responsables masculins de l’organisation semblent avoir fait l’inverse. Il est tout à fait honteux que les apologistes de la prostitution prennent d'une manière ou d'une autre la défense de ces vils prédateurs sexuels en suggérant que les femmes et les filles attirées dans le commerce du sexe font en quelque sorte un ‘choix’ et sont des ‘professionnelles’ effectuant leur ‘travail’. Ces femmes et ces filles sont abusées et exploitées par des hommes qui reçoivent des salaires énormes pour rendre leur vie moins épouvantable.

L’un des mythes sur le commerce du sexe est que les hommes qui louent le corps des femmes pour leur plaisir sexuel unilatéral rendent service à leurs victimes parce que l’argent change de main. Comme l'a dit mon amie proche et collègue, la formidable écrivaine et survivante du commerce du sexe Rachel Moran, en réponse aux libéraux blancs qui prétendent que payer pour des relations sexuelles est défendable, car cela procure un revenu aux femmes pauvres: «Vous ne pensez pas que si quelqu’un n’a pas les moyens de se nourrir, la chose appropriée à mettre dans sa bouche est de la nourriture, pas votre bite?»

Lien de l’article en anglais:

https://www.independent.co.uk/voices/oxfam-prostitution-charity-aid-workers-haiti-un-peacekeepers-a8206646.htm

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article