Le général Cluseret raconte la Commune, 1ère partie: Les débuts de la Commune de Paris

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Les communards (dessin de Jacques Tardi)

Les communards (dessin de Jacques Tardi)

A l’occasion du 148ème anniversaire de la semaine sanglante qui vit l’anéantissement de la Commune de Paris, la Gazette du Citoyen a décidé de publier 3 chapitres des mémoires du général de la Commune, Gustave Cluseret repris dans le livre "1871: La Commune et la question militaire".

Gustave Cluseret fut délégué à la guerre de la Commune de Paris du 6 au 30 avril 1871. C’était un ancien capitaine de l’armée française qui avait démissionné après le coup d’Etat de Napoléon III en 1851, qui fit du président élu 3 ans auparavant un empereur, à cause de ses convictions républicaines.

Sa nomination par la Commune, il la devait à sa réputation acquise pendant la guerre civile américaine et à son amitié avec Eugène Varlin qui l’a toujours soutenu et ce malgré l’antipathie d’autres dirigeants communards vis-à-vis de Cluseret à cause de son passé militaire. Par opposition à l’esclavage, il s’était engagé dans le camp nordiste où il obtint le grade de général grâce à sa participation courageuse à la bataille de Cross Keys en juin 1862. Il avait auparavant combattu aux côtés de Garibaldi lors de l’expédition des Mille en 1860 qu’il termina comme lieutenant-colonel à l’État-Major de l’armée italienne après avoir été blessé lors du siège de Capoue.

Gustave Cluseret en uniforme de général de l’armée nordiste pendant la guerre de Sécession

Gustave Cluseret en uniforme de général de l’armée nordiste pendant la guerre de Sécession

Après la guerre de Sécession, Cluseret pris part au soulèvement des "Fenians" en Irlande. De retour à Paris, il lutta contre le gouvernement impérial, fut condamné à la prison et s'affilia alors à l'Internationale. En 1870, aux côtés de l’anarchiste russe Bakounine, il prit l'hôtel de Ville de Lyon. Ensuite, nommé délégué à la guerre de la Commune de Paris, il fut démissionné de ce poste le 30 avril 1871 car il insistait sur la nécessité d’occuper et de saisir l’or de la Banque de France qui continuait, malgré le siège, à ravitailler les troupes versaillaises en or et en argent, ce qui ne plaisait pas à certains dirigeants communards comme François Jourde (délégué aux finances de la Commune) et Gustave Lefrançais (membre de la commission exécutive de la Commune, puis de celle du Travail et de l'Échange, enfin celle des Finances).

 

Après la chute de la Commune, il réussit à s’échapper mais fut condamné à mort par contumace par le gouvernement de Versailles. Il s’exila en Belgique, en Suisse et aux États-Unis. Suite à une amnistie il revint en France, fut élu député du Var en 1888 sous l’étiquette socialiste révolutionnaire et, bénéficiant d’un fort soutien parmi les ouvriers et les paysans car il réclame la création d’une caisse de retraites et la semaine de 40 heures (à cette époque, les ouvriers travaillaient 50 voire 60 heures par semaine), il est réélu en 1889, 1893 et 1898. C’est à cette époque qu’il écrivit "La Guerre des rues", un manuel d’insurrection basé sur ses différentes expériences.

Cluseret est mort le 21 août 1900.

Ci-dessous le premier des trois chapitres:

Les débuts de la Commune

Par Cluseret

Ce fut le 28 mars [1871] que la Commune fut installée à l'Hôtel de Ville. Le vote avait eu lieu le 26, et 230 mille électeurs y avaient pris part.

Cette cérémonie, une des plus imposantes que j'ai vues, ne permettait aucun doute sur la sincérité et l'unanimité des travailleurs à considérer le nouveau gouvernement comme celui de leur choix, le seul qui répondît vraiment à leurs aspirations. La petite bourgeoisie elle-même prit un part sincère à l'enthousiasme général. Et les 60,000 gardes nationaux venus spontanément, car il n’y eut pas de convocation pour prendre part à la fête, comptaient dans leurs rangs, proportionnellement autant de petits boutiquiers et de petits patrons que d’ouvriers proprement dits. Du reste, ces trois classes ayant les mêmes souffrances et les mêmes adversaires se tendent toujours la main quand le moment révolutionnaire est venu.

J’évalue à 60,000 le nombre des gardes nationaux en prenant pour bas la capacité de la place de l'Hôtel de Ville et du commencement des grandes artères voisines. Ces différentes surfaces étaient littéralement remplies, sans tenir compte des distances réglementaires de l’ordre, en masse la plus serrée. Les bataillons eux-mêmes n’avaient pas un mètre d’intervalle, les rangs se touchaient comme aussi les serre-files et les pelotons. Dans tout cela un ordre parfait. Je n’ai jamais compris comment cette mer humaine put s’écouler sans accident. Il en fut pourtant ainsi, et tout se passa dans l’ordre le plus parfait.

Il y eu un moment solennel, ce fut celui où le Comité Central (1) remit simplement le pouvoir aux mains de la Commune. Assi venait de faire la lecture des noms des nouveaux élus. Tout à coup un immense cri de: Vive la République! Vive la Commune! sort de toutes les poitrines et se mêle au bruit du canon, des clairons et des tambours; le soleil se met de la partie et semble, au nom de la nature, fraterniser avec ses enfants; les toits, les fenêtres, les balcons regorgent de monde, et tout semble prédire au nouveau gouvernement de longs jours de prospérité.

Hélas ! que j’en ai vus de ces pronostics trompeurs vite effacés au souffle empesté de la haine et de l’envie!

Dans la soirée, le Comité Central fit afficher la proclamation suivante:

«Fédération Républicaine de la Garde Nationale

Comité Central

Citoyens,

Aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frappé nos yeux, qui ait jamais ému nos âmes: Paris saluait, acclamait sa Révolution, Paris ouvrait, à une page blanche, le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant!

Deux cent mille hommes libres sont venus affirmer leur liberté et proclamer, au bruit du canon, l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles qui rôdent autour de nos murs aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de la poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la Cité et franchissent les murailles; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l’image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots:

Mourir pour la Patrie !

Citoyens,

Nous venons de remettre en vos mains l’œuvre que vous nous avez chargés d’établir et, à ce dernier moment de notre éphémère pouvoir, avant de rentrer définitivement dans les attributions de la Garde Nationale, attributions d’où les événements nous avaient fait sortir, nous voulons vous dire un mot de remerciement.

Aidés dans notre tâche par votre admirable patriotisme et par votre sagesse, nous avons, sans violence, mais sans faiblesse, accompli les clauses de notre mandat. Entravés dans notre marche par la loyauté qui nous interdisait de faire acte de gouvernement, nous avons néanmoins pu, en nous appuyant sur vous, préparer en huit jours, une révolution radicale. Nos actes vous sont connus et c’est avec l’orgueil du devoir accompli que nous nous soumettons à votre jugement. Mais avant de passer, nous-mêmes, au tribunal de votre opinion, nous voulons dire que rien n’a été fait en bien que par vous; nous voulons proclamer bien haut, que, maître absolu et légitime, vous avez affirmé votre force, surtout par votre générosité.

La France, coupable de vingt années de faiblesse, a besoin de se régénérer des tyrannies et des mollesses passées par une liberté calme et par un travail assidu. Votre liberté, les élus d’aujourd’hui la garantiront avec énergie, la consacreront à tout jamais: le travail dépend de vous seuls; les rédemptions sont personnelles. Groupez-vous donc avec confiance autour de votre Commune; facilitez ses travaux en vous prêtant aux réformes indispensables: frères entre vous, laissez-vous guider par des frères; marchez dans la voie de l’avenir avec fermeté, avec vaillance; prêchez d’exemple en prouvant la valeur de la liberté, et vous arriverez sûrement au but prochain:

La République Universelle

Hôtel de Ville de Paris, 28 mars 1871.

Les Membres du Comité central»

Cette proclamation fut écrite en ma présence par Moreau, discutée et approuvée séance tenante.

La composition de la Commune n’était pas du tout la même que celle du Comité Central. Les clubs avaient envoyé des discoureurs sans consistance et le journalisme des hommes à formules arrêtées. Le socialisme vrai, qui avait le plus contribué au mouvement du 18 Mars y était en minorité. Il était représenté par les membres de l’Internationale; en sorte que l’assemblée se trouvait complètement divisée d’opinion et fractionnée en trois grands courants politiques: l’Internationale comptant parmi ses membres, Varlin, Malon, Frankel et moi; les jacobins personnifiés en Delescluze, et les Blanquistes ou Hébertistes parmi lesquels se trouvaient Eudes, Tridon, Raoul Rigault, Ferré.

Tridon était indiscutablement le cerveau le mieux organisé; mais épuisé par la maladie il ne put tenir la place qu’il aurait dû occuper. C’était le seul qui aurait pu remplacer Blanqui absent.

Ferré, qui fut si grand par le cœur, était un jeune homme inexpérimenté qui avait tout à apprendre, excepté l’héroïsme.

Je l’ai beaucoup connu, et souvent il est venu me consulter alors que j’étais détenu à l’Hôtel de Ville. J’avais contribué à sa nomination à la Préfecture de Police dans les circonstances suivantes:

Billioray, membre du Comité de salut public, était venu me voir au sujet du remplacement de Cournet à la Sûreté générale: «Nous ne savons qui nommer» disait-il.  

– Prenez Vermorel; c’est le seul qui soit à la hauteur de ces fonctions.

– Nous avons peur de Vermorel.

– Alors prenez Ferré, il est inexpérimenté, mais il a des aptitudes.

– Vous avez raison, c’est l’homme.

Je ne sais si Ferré fut instruit de cette conversation, mais de sympathiques, nos rapports deviennent cordiaux et confidentiels. C’était une bien bonne et bien belle nature.

La force respective des partis était à peu près ainsi: 20 membres de l’Internationale, 7 ou 8 Blanquistes, 9 membres de la presse, 35 membres des clubs et du Comité Central. C’est dans ces 35 que se recrutaient plus spécialement les Jacobins; leur chef, Delescluze, sortait de la presse.

Vallès, Vermorel, Arthur, Arnould, Tridon, Ostyn, Verdure et Babyck, votaient généralement avec l’Internationale quoique n’en faisant pas partie. En échange, Dereure et Châlain passèrent à la majorité.

C’est ici le lieu de rectifier une des erreurs contenues dans le livre de Malon, qui me place dans la majorité. Si j’avais appartenu à la majorité, m’aurait-elle envoyé à Mazas? La vérité est que je n’appartenais à aucun groupe, mes fonctions spéciales prenant tout mon temps et ne me permettant pas d’assister régulièrement aux séances de la Commune.

J’aurais désiré que l’Internationale qui, bien qu’en minorité, était l’âme, le principe du mouvement du 18 Mars, formât un groupe compact et tenace. Malheureusement il n’en fut rien.

Les Internationaux se sacrifièrent, me sacrifièrent, sacrifièrent tout.

Pleins de justice et dévoués jusqu’à la mort au peuple dont ils étaient l’essence, braves, sans fanfaronnades, presque tous modestes autant que convaincus, gens de théorie plus que d’action, organisateurs pour la plupart mais sans aucune expérience politique, ils furent une proie facile pour quelques meneurs qui groupèrent tout le reste de l’assemblée en une masse compacte, despote et absurde comme toute majorité. Vermorel était de force à tenir tête aux chefs de ce parti; il était soutenu par Tridon; la majorité aurait pu se déplacer, mais ce malheureux Vermorel, victime de sa supériorité, fut jusqu’à la fin un objet de suspicion.

Dans ces réunions d’hommes ayant plus de volonté que de science, la supériorité est le plus grand des crimes. Tridon, lui-même, commençait à devenir suspect. C’est cette majorité qui fit dévier la Révolution du chemin que lui avait tracé le peuple. De communale et rien que communale qu’elle était, elle voulait en faire une Révolution non seulement nationale, mais universelle. A cela, ces membres voyaient deux avantages: enfler la voix, parler au monde et surtout un prétexte pour appliquer l’Evangile suivant saint Robespierre, le seul qu’ils connussent. En fait ces hommes n’eurent pas une idée à eux. Toute leur politique consistait à se demander le matin: aujourd’hui, tel prairial, que faisaient nos pères, il y a 79 ans? Et la réponse invariable était: «ce qu’ils faisaient, nous le ferons.» C’est ainsi qu’il fallait un Comité de Salut public et un Procureur de la Commune. Il aurait peut-être fallu un massacre des prisons. Mais, comme je m’y attendais, je pris mes précautions; secondé, en cela, par Cournet qui voulait, comme moi, éviter un crime inutile à la Commune, la garde de Mazas fut confiée à des gardes nationaux, pères de famille et sur la sobriété desquels on pouvait compter. Malheureusement, nous n’avions pas prévu le transfert à la Roquette, ni les atrocités sans précédents historiques des coupe-jarrets de Versailles.

[…]

Dès les premiers jours de la Commune, on me reparla de prendre le ministère de la Guerre. La Commission exécutive y avait nommé Eudes et voulait, comme pour les autres Ministères, une double délégation. Vallès surtout insistait pour que je partageasse avec Eudes le Ministère de la Guerre. Cette prétention était tellement absurde, elle dénotait une telle ignorance des nécessités de la situation que je refusai non seulement la double délégation, mais qu’in petto je formai bien la résolution de ne rien accepter du tout.

Duval m’avait laissé entrevoir le projet conçu par les trois généraux improvisés de faire un coup de tête et de marcher sur Versailles, afin de ne pas manquer au programme des aïeux et de gratifier la Commune d’un 5 et 6 octobre. On était à la fin de mars, il est vrai, mais mieux valait mars que rien du tout. Je représentai au Comité ce qu’un tel projet avait de ridicule en présence des nouvelles nécessités imposées par la science de la guerre, et on me promit d’y renoncer. Hélas! Que ne tint-on parole!

Le 2 avril, sans provocation aucune, les Versaillais attaquèrent les fédérés à la demi-lune de Courbevoie. Je me promenais, en ce moment, aux Champs-Elysées et me dirigeai de ce côté. Ma première surprise fut de voir le Mont Valérien, soi-disant à nous, tirer sur nous.

Les gardes nationaux surpris, fuyaient en désordre; Néanmoins, on fit plusieurs prisonniers, du 74ème, si j’ai bonne mémoire. Tous s’accordaient à dire qu’on les avait emmenés en promenade militaire le matin et qu’il n’était nullement question d’un combat. Il est possible qu’on n’ait pas confié aux lignards ce dont il s’agissait, mais il est certain que le mont Valérien était averti et que les gendarmes l’étaient également. Ce ne fut qu’une escarmouche, mais escarmouche malheureuse, qui prouvait deux choses: 1° les intentions de Versailles; 2° le peu de solidité de la Garde Nationale et, par-dessus tout, l’incompétence du commandement. 

Effrayé des conséquences possibles d’une semblable situation, je cédai aux nouvelles instances qui me furent faites et, le 2 au soir, J’acceptai le Ministère de la Guerre.

J’arrivai au Ministère le 3, à 6 heures du soir, escorté du comte de Beaufort, jeune homme charmant qui s’était offert spontanément pour m’accompagner et que je n’avais jamais vu. Il en était de même d’Eudes, que je voyais pour la première fois. L’impression première fut favorable. Eudes était un tout jeune homme, imberbe, simple de manières, quoiqu’il fût déjà couvert de galons et d’étoiles, et relativement modeste dans ses paroles. Le ministère était envahi par sa smala et offrait plutôt l’aspect d’un caravansérail que d’un ministère. Je n’insisterai pas sur ce sujet.

Je débutai par la plus forte déconvenue qui pût m’atteindre. Eudes m’apprit qu’en compagnie de ses collègues en généralat, Bergeret et Duval, ils avaient, à l’insu du Comité exécutif, décidé un mouvement général sur Versailles. Je restai anéanti. Tant d’ignorance, d’outrecuidance et de présomption atteignait presque à la hauteur d’un crime.

Ces trois généraux, dont un seul avait servi, et comme sergent, aux zouaves, jouant le sort du peuple sur la carte de leur ignorance présomptueuse me transportait d’indignation. Je voulus m’opposer au mouvement; mais Eudes me représenta que c’était impossible, que les ordres étaient donnés, que les troupes devaient déjà commencer le mouvement. Il pouvait être alors 10 heures du soir. Du reste je ne pouvais envoyer de contrordres que par Bergeret, qui était à la place, et Bergeret, véritable instigateur du mouvement, eût fait semblant de ne pas comprendre et n’eût pas obéi, pas plus qu’il n’obéit aux ordres que je lui transmis pour le lendemain.

Convaincu de l’impossibilité de contremander le mouvement, ne pouvant convoquer le Comité exécutif, je tâchai, au moins, d’en atténuer les résultats prévus.

Je défendis formellement à Bergeret de faire le mouvement projeté et lui ordonnait de se contenter de diviser sa colonne en deux. Celle de droite, sous les ordres de Flourens, prendrait par Asnières et se dirigerait sur la demi-lune de Courbevoie où elle opèrerait sa jonction avec celle de Bergeret qui, lui, irait directement par l’avenue de Neuilly.

De cette façon, on ne compromettait rien. On répondait à la démonstration de la veille par une démonstration plus forte, pendant que le reste de la Garde Nationale, sous la conduite de Duval et d’Eudes, tentait l’impossible. On va voir pourquoi.

Je m’informai naturellement des ressources dont disposait le triumvirat militaire de la Commune. Eudes me présenta des chiffres incroyables et qui prouvaient toute sa naïveté. La colonne Bergeret-Flourens devait avoir 80,000 hommes, et je ne sais combien de pièces d’artillerie; une quarantaine. – Duval devait en avoir presque autant et Eudes encore plus. A l’entendre, il y avait 200,000 hommes de la Garde Nationale en mouvement. Tout en faisant la part de l’exagération, je comptais sur une soixantaine de mille hommes. Il en vint tout au plus la moitié et dans quel état! L’artillerie d’Eudes se composait de trois pièces dont une attelée de deux chevaux. Comment arriva-t-elle jusqu’au cimetière au-dessus du Bas-Meudon? Je n’en sais rien. Mais n’anticipons pas.

Après avoir donné à Eudes mes instructions pour Bergeret, je tâchai d’arranger quelque chose d’à peu près possible pour les deux autres. En conséquence, Eudes dut se diriger par Meudon, premier objectif, et Duval par Plessis-Piquet. Jusque-là Eudes m’assurait qu’on ne rencontrerait personne. Le mouvement simultané devait commencer à 6 heures du matin. Nulle reconnaissance préalable n’avait été faite. On ne savait, ni s’il y avait une route praticable, ni quels obstacles on devait rencontrer. Aucune mesure n’avait été prise pour camper en chemin si l’on ne pouvait, d’un bond, atteindre Versailles. Bref, tout était livré au hasard. «Va comme je te pousse!» était le mot d’ordre. Ces jeunes gens avaient lu les journées des 5 et 6 octobre et, sans tenir compte des progrès introduits par la science dans les armes à feu, croyaient pouvoir répéter l’histoire.

Je résolus d’assister au mouvement, tant pour me rendre compte, que pour parer, s’il était possible, à un désastre prévu.

Je partis du ministère à 6 heures du matin et rencontrai sur ma route quelques bataillons en marche. Mais, à 9 heures, l’action du centre n’était pas encore commencée. A la gauche, Duval était encore plus en retard.

Enfin, le canon du mont Valérien, qui ne cessait de tonner sur Bergeret et Flourens, décida Eudes à commencer sans attendre que les bataillons fussent arrivés et que Duval fût en ligne. Le désordre était à prévoir et inséparable de l’état d’indiscipline inouï qui régnait dans la Garde Nationale.

Le premier élan fut bon et la Garde Nationale arriva à Meudon sans perte appréciable. Le château fut même occupé par Eudes qui se comporta aussi vaillamment qu’inintelligemment. Excellent soldat, mais déplorable officier. Au Bas-Meudon, les hommes sans chefs, massés comme un troupeau de moutons dans l’entonnoir formé par le pont du chemin de fer et les routes qui y convergent, n’avançaient ni ne reculaient. Ils étaient pelotonnés. Une pièce d’artillerie, attelée de deux chevaux et pointée par un jeune marin s’était avancée jusqu’à la hauteur du cimetière et, à 60 mètres, tirait sur une maison sans produire aucun effet. Inutile d’ajouter que chevaux et servants, sauf le marin, furent vite tués.

Ne voulant pas en croire mes yeux, je pointai moi-même sur cette maison fantastique sans plus d’effet.

J’appris par la suite qu’elle avait été blindée par les Prussiens avec des traverses, et était occupée par les gendarmes qui, tirant à 60 mètres, par des meurtrières ménagées dans le blindage, de plus d’un mètre d’épaisseur, nous abattaient comme des alouettes. Les balles cliquetaient comme grêle sur les parties métalliques de la pièce, et je ne sais en vérité pourquoi le marin et moi n’eûmes pas le même sort que les chevaux et les autres servants.

Dans le cimetière, Razoua, seul officier que j’aie remarqué à la tête de ses hommes, faisait des efforts pour déboucher dans la campagne et ne pouvait y parvenir. Plus de dix fois, je ramenai les hommes de bonne volonté sur la maison ensorcelée, mais toujours inutilement; arrivés à un certain point, ils lâchaient pied. Du reste, eussent-ils passé que cela n’aurait avancé à rien. Il n’y avait plus ni bataillons, ni compagnies, ni rangs, ni quoi que ce soit. Mais je voulais me rendre compte d’une triste chose: c’est qu’il n’y avait rien de possible avec de semblables troupes, tandis que rien n’était impossible avec de semblables hommes. La première chose à faire était donc: réorganiser.

Les hommes étaient, en général, bons; il y en avait même d’excellents. Mais les officiers ne faisaient pas leur devoir ou l’ignoraient.

Naturellement Eudes était revenu du château de Meudon plus vite qu’il n’y était allé et demandait des renforts.

A qui?

Il n’y avait pas même de réserve organisée. – Commandant en chef, il devait le savoir mieux que personne.

La retraite fut une débâcle, comme je n’en vis jamais, si ce n’est à Bull-Run, et le 20 février 1855, en Crimée.

Si les généraux de l’Assemblée avaient été de vrais généraux, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, ce jour-là. Heureusement qu’ils ne valaient pas mieux que ceux de la Commune. Quand je les vis à l’œuvre, je commençai à me tranquilliser.

Duval, abandonné d’une partie de ses hommes, se défendit en héros et mourut en martyr. Sa faute fut celle de tous ses camarades. Ignorant la science militaire, ils la nièrent et crurent pouvoir s’en passer.

Quant à Bergeret, il lança cet excellent Flourens, dont la bravoure ne connaissait pas d’obstacle, dans le traquenard où il laissa la vie avec tant d’autres pauvres diables sacrifiés à l’incapacité de leur chef. Cet homme, qui aurait dû se faire bonne et prompte justice en se faisant sauter la cervelle, s’en revint triomphant à la Commune faire un rapport fantastique dans lequel il vantait l’ordre et la mâle attitude de ses hommes pendant la retraite et parlait de l’effet moral produit sur les troupes de Versailles!

Idiot! Comme si la mâle attitude de Bergeret vu de dos avait dû fortement impressionner les Versaillais!

Le lendemain parut l’avis suivant:

«Aux citoyens Bergeret, Duval et Eudes

Citoyens,

Nous avons l’honneur de vous prévenir qu’afin de vous laisser toute liberté pour la conduite des opérations militaires que vous sont confiées, la Commune vient d’attribuer au général Cluseret, la direction de l’administration de la guerre. 

L’assemblée a estimé que, dans les graves circonstances où nous sommes, il imposait d’établir l’unité dans les services administratifs de la guerre.

La Commune a également jugé indispensable de vous remplacer provisoirement à la Commission exécutive, dont votre situation militaire ne vous permet plus de partager les travaux.

Nous n’avons pas besoin d’ajouter qu’en prenant cette double décision, la Commune est aussi éloignée de vous désobliger que d’affaiblir l’intérêt de votre situation comme chefs de corps. Vous n’y verrez que les conséquences des nécessités du moment.

Paris, 3 avril 1871

Les membres de la Commission Exécutive,

Charles Delescluze, Felix Pyat»

Cette note, tissu d’erreurs, est du galimatias double pour moi, et je n’ai jamais cru à son authenticité.

J’affirme que jamais il ne fut question de séparer la direction des opérations de l’administration de la guerre. C’est tellement insensé que pas un de mes ennemis militaires, fût-ce le plus acharné, ne croira un instant que j’aurais consenti à entrer dans une affaire dont tout l’avenir reposait sur un succès militaire, lequel restait confié à trois jeunes gens de 20 ans, dont un seul avait servi – et comme sous-officier.

De la part de la Commission exécutive, ignorant absolument les nécessités du métier, l’erreur était pardonnable, mais de la mienne, c’eût été un crime, car je ne pouvais ignorer le résultat certain d’une semblable combinaison: le massacre de milliers de pères de famille et la défaite de la Commune.

Non seulement je n’eus pas à refuser semblable combinaison, mais elle ne me fut pas proposée. Et ce qui le prouve c’est, d’une part, la communion d’idée entre la Commission exécutive et moi au sujet de l’inopportunité d’un mouvement sur Versailles et, d’autre part, mon étonnement quand, en arrivant, le 3 au soir au ministère, je trouvai le mouvement sur Versailles non seulement commandé, mais en voie d’exécution.

Pour admettre l’authenticité de cette note, il faudrait supposer la duplicité de la Commission exécutive, ce que je ne puis croire, ayant la plus grande estime pour Pyat et Tridon qui en faisaient partie. Il faudrait supposer qu’une partie de ses membres était d’accord avec les généraux improvisés pour appuyer le mouvement sur Versailles. Plus tard, effrayée de la responsabilité qu’elle encourait devant le peuple, en endossant semblable escapade, la Commission, alors renouvelée, aurait décliné toute participation.

Si la note du 3 avril eût été authentique, on m’eût répondu, lorsque j’accusai Bergeret devant la Commune: 1° d’avoir, de son autorité privée, conjointement avec ses collègues, pris une initiative qui ne lui appartenait pas; 2° d’avoir désobéi à mes ordres en dépassant la demi-lune de Courbevoie: «Sur le premier point il était d’accord avec la Commission exécutive et, sur le second, ayant la direction des opérations, conformément à la note 3 insérée à l’Officiel, il n’avait pas d’ordre à recevoir de vous.»

Tout au contraire, il fut immédiatement mis en arrestation par la Commune et ce, principalement pour avoir désobéi aux ordres de son supérieur, le ministre de la guerre.

Explique donc qui pourra l’insertion de cette note à l’Officiel.

La fin manque complètement de dignité.

Est-ce que la Commission exécutive personnifiant la Commune avait à s’occuper de savoir si elle obligeait ou désobligeait quelqu’un? Elle n’avait à s’occuper que du bien public et nullement des individus. C’est avec ce système de considérations mesquines que le commandement disparaissait sous le commérage et que la discipline était remplacée par le bon ou le mauvais vouloir de contractants égaux. Toutes choses excellentes en temps de paix, mais déplorables quand on échange des coups de canon.

Je m’étonne que Delescluze qui, chaque jour, lisait son bréviaire de 93, ne se soit pas aperçu que la Convention ne s’était jamais préoccupé de savoir si elle obligeait ou désobligeait l’individu en le remplaçant dans sa fonction.

Le 4 au soir, il n’y avait plus de Garde Nationale dans Paris. Il y avait des gardes nationaux mais qu’il y eût une organisation militaire quelconque, digne d’un nom quelconque, je le nie. Il n’y avait plus rien. Tout était à créer.

Vers 5 heures du soir, Vermorel, Ostyn, et un autre membre de la Commission exécutive vinrent me trouver à Issy et, après s’être assurés de l’état des choses, me ramenèrent à Paris où je restai seul chargé de la direction des affaires militaires.

Mon premier soin fut de m’enquérir de la situation. Voici quelle elle était: infanterie, environ 145,000 hommes, sur le papier, sans organisation, mal armés, peu vêtus et dans un état de démoralisation, surtout au point de vue disciplinaire, dont rien ne peut donner une idée.

Il y avait des comités et sous-comités de toute nature. La légion combattait la municipalité et celle-ci la légion. Le Comité Central venait brocher sur le tout et complétait l’anarchie. Quand il n’y réussissait pas, alors intervenait la Commune qui, elle, réussissait toujours.

L’artillerie comptait environ 5600 hommes, généralement bons pointeurs et surtout très attachés à leurs pièces dont ils avaient fait leur chose. Mais, volontaires avant tout, ces hommes ne voulaient faire que le service de remparts intra et extra muros, c’est-à-dire aux forts comme aux remparts de la ville. Il était impossible de les caserner pour en faire de l’artillerie de campagne. Du reste, ils obéissaient à un Comité spécial dont j’ai déjà parlé, plein de bonne volonté, mais absolument incapable et qui ne se souciait pas de perdre sa position en engageant ses hommes à entrer en caserne, ce qui lui aurait fait perdre toute action sur eux.

Quant aux pièces, le nombre en était considérable, mais elles étaient tellement disséminées et, surtout, tellement mobilisées au gré des parties prenantes que je regarde comme absolument indignes de foi tous les relevés faits et présentés au Ministère de la guerre, à la Commune ou au Comité Central, avant le recensement fait par le génie.

Il y en avait beaucoup plus qu’on ne pouvait en utiliser: 1° faute d’artilleurs, 2° par suite de l’étrange approvisionnement légué par Trochu.

Ainsi, la majorité de l’armement se composait de pièces de 7 se chargeant par la culasse et il n’y avait pas 100 gargousses de 7 dans l’approvisionnement. Or, ces gargousses, d’un modèle particulier, nécessitent un outillage spécial pour les confectionner. Heureusement que je retrouvai, quai de Billy, cet outillage et que je pus réorganiser immédiatement les ateliers de construction. Mais, pendant une semaine, je fus sans gargousses de 7 et obligé, par conséquent, d’en refuser. Ne voulant pas dire la cause de mon refus, j’étais forcé de me laisser accuser tantôt de trahison, tantôt d’incapacité et de nonchalance.

En revanche, j’avais un énorme approvisionnement de 12 livres qui ne me servait à rien.

Quant aux fortes pièces, nécessaires pour répondre aux pièces de marine du plus gros calibre dont l’ennemi disposait à profusion, j’avais 6 obusiers courts de 24, quelques pièces de 24 long et une seule pièce marine de 19, plus La Joséphine de Montmartre. Les autres pièces de marine étaient d’un calibre inférieur.

Les poudrières étaient disséminées partout et sous la dépendance forcée des municipalités ou des légions, c’est-à-dire des autorités locales, faute d’un personnel spécial, par suite soumises au gaspillage. En outre, l’approvisionnement ne répondait nullement aux besoins de la défense comme répartition. Toutes les munitions d’infanterie ou, tout au moins les ¾, étaient à la poudrière Beethoven. Sous le Trocadéro, qui en contenait pour au moins deux ans. Afin de réserver tous les approvisionnements de l’Est pour la dernière phase de la défense, j’avais ordonné de puiser exclusivement à la poudrière Beethoven. On fit le contraire. Comme les hommes qui défendaient la Commune appartenaient aux arrondissements de l’Est, ils s’approvisionnaient eux-mêmes, avant de partir, aux poudrières, moitié par commodité et moitié par méfiance.

Car, il faut bien le dire, le peuple se méfie toujours. Quel que soit votre dévouement, il se méfie. Il se méfie surtout de ses amis, de ceux qui lui disent la vérité et est toujours trompé par ses ennemis dont il ne se méfie pas assez et qui le flattent.

Ce désordre dans la distribution des approvisionnements eut, plus tard, de graves inconvénients: quand les Versaillais entrèrent, ils s’emparèrent de la poudrière Beethoven presque intacte et laissèrent aux défenseurs de Paris celles de l’Est, vidées. Contre ce désordre, je n’avais d’autre remède que d’organiser un corps spécial chargé des approvisionnements, ce que je fis, et de faire transporter la poudrière Beethoven en arrière, ce que j’allais faire quand je fus arrêté. De ma prison, plus de 16 jours avant l’entrée des Versaillais, je ne cessai d’écrire tantôt à Deslescluze, tantôt aux membres de la Commune: Faites donc déménager la poudrière Beethoven et faites la porter en arrière! Personne ne comprit. Seul le commissaire de police de l’Hôtel de Ville prit sur lui d’exécuter mon ordre ou plutôt de se conformer à mon avis, car je n’avais plus d’ordre à donner. Pendant deux jours, il transporta au Panthéon ou au Luxembourg les munitions qui ont servi aux derniers moments de la défense. Ni Rossel, ni Delescluze, qui avaient tant crié contre mon administration, ne comprirent l’importance de cette mesure si simple.

La cavalerie n’existait pas, pas plus que le train. Les chevaux de luxe et autres avaient été, comme à la suite de toute révolution, la proie du vainqueur.

Chacun avait pris à sa convenance, tout le monde voulait être monté. C’est incroyable comme le peuple aime à monter à cheval aussitôt qu’il le peut. J’ai remarqué cela, non seulement en France, mais partout où une insurrection triomphe, le peuple monte à cheval, c’est sa récréation, sa récompense. Cet amusement, inoffensif en lui-même, avait le grave inconvénient de me priver des moyens de transport nécessaires et m’empêchait de former un corps d’éclaireurs indispensable à l’offensive.

Le génie était représenté par quelques compagnies portant ce nom afin d’être dispensées du service ordinaire de la Garde Nationale, mais qui n’avaient aucune des qualités spéciales requises par cette arme.

Quant à l’administration, Eudes l’avait mise dans les mains de son ami M. qui avait déployé une grande activité et rendu des services incontestables, mais par trop intéressés. J’appris, par la suite, qu’il prélevait 8% sur toutes les factures envoyées aux finances. De nombreuses plaintes des marchands ainsi volés me mirent au courant de leur procédé. On refusait d’ordonnancer, on traînait en longueur, alors un compère offrait d’escompter 8% de la facture qui, le lendemain, était soldée aux finances. Dans un cas j’ai vu retenir jusqu’à 18% sur une facture. Les négociants, peu rassurés alors sur la durée de la Commune, acceptaient l’escompte. Je fis cesser cet abus en retirant au citoyen M. l’ordonnancement et généralement prohibant toute immixtion dans les contrats. Plus tard, je supprimai l’intendance.

Varlin, chargé par la Commune de vérifier les livres de M. n’y trouva rien d’insolite et cela se conçoit, il n’allait pas y inscrire le tant pour cent prélevé par ses hommes de paille sur l’acquittement des factures. Mais la fraude n’en existait pas moins et les parties lésées peuvent en témoigner.

Le service médical était aussi tout entier à créer.

Je ne parle pas de l’état-major, représenté par Gois, qui en était le chef, et par une douzaine de farceurs, entre autres un grand diable chargé de l’artillerie. Ayant été simple artilleur pendant le siège, il croyait par cela seul avoir toutes les qualités voulues pour être directeur de l’artillerie. Et, malheureusement, dans ce milieu impossible, cela paraissait suffisant. Tout ce que je puis dire de cet état-major, c’est qu’il était à la hauteur de ses généraux. Je dois en excepter pourtant un jeune lieutenant-colonel, vraiment capable, et deux ou trois officiers qui, en dehors des fonctions de l’état-major, eussent pu faire de bons officiers de troupe.

Si l’on ajoute à cela une demi-douzaine de compagnie franches qui, contrairement à la loi, sortaient des cadres de la Garde Nationale pour former des gardes prétoriennes, qui pour Bergeret, qui pour Eudes, qui pour Assi, qui pour Brunel, qui pour Flourens, etc., etc., on aura le recensement à peu près exact des forces que la Commune mit dans mes mains, le 4 avril 1871, et que dans leur naïveté, mon vieil ami Varlin et ses amis appelaient la plus belle armée du monde. Exactement comme Thiers appelle les fuyards de Sedan et les capitulards de Metz et de Paris, la plus belle armée que la France ait possédée. Pauvre France!

Mon premier soin fut de constater ce que je viens d’essayer de décrire bien imparfaitement, j’y mis quelque temps et ne réussis pas du premier coup à voir tout. C’était un terrible écheveau de fil à débrouiller, d’autant plus que j’avais à lutter contre trois obstacles presque insurmontables: 1° N’ayant pas été à Paris pendant le siège, je ne savais rien de ce qui s’était passé; 2° pas un homme capable pour me seconder; 3° les renseignements, qui m’étaient fournis par des hommes enthousiastes et ignorants, deux conditions essentielles pour parfaire l’erreur. C’est ainsi que mon premier pas fut un faux pas. Tout le monde m’affirmait qu’il y avait des compagnies de marche qu’il suffisait de rappeler pour avoir immédiatement un noyau d’une vingtaine de mille d’hommes capable de servir de base à la formation d’une armée active. Je crus tout le monde et quand mon décret sur le rappel des anciennes compagnies de marche fut lancé, je m’aperçus qu’il n’y avait rien, rien, rien.

Pourtant, il fallait agir, et sans perdre de temps. Car la position était des plus critiques, et si Versailles, malgré ses généraux de carton, se fût aperçu de la situation de Paris, il était impossible qu’il ne tentât, par la Porte Dauphine, une attaque qu’il eût été très difficile de repousser.

Avant tout se présentèrent trois nécessités de premier ordre; donner une direction, approvisionner l’artillerie et mettre de l’ordre dans cette cohue sans forme, sans nom et hors d’état de se mouvoir, qui avait été la Garde Nationale et n’était plus que le gâchis, résultat de la tentative insensée du 3 avril. 

(1) Le Comité central de la garde nationale.

Recopié du livre "1871: La Commune et la question militaire"

Première parution: Cluseret, Mémoires, tome II, Paris, Jules Lévy, 1887, pages 32 à 55.

Recopié du livre "1871: La Commune et la question militaire"

Le livre "1871: La Commune et la question militaire"

Le livre "1871: La Commune et la question militaire"

Première parution: Cluseret, Mémoires, tome II, Paris, Jules Lévy, 1887, pages 81 à 93.

Voir aussi "La Guerre des rues, un manuel d’insurrection écrit par Cluseret, un ancien général de la Commune de Paris" sur le lien suivant:

http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2018/11/la-guerre-des-rues-un-manuel-d-insurrection-ecrit-par-cluseret-un-ancien-general-de-la-commune-de-paris.html

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