Un autre Hiroshima se prépare… à moins que nous ne l’arrêtions maintenant

Publié le

Par John Pilger pour Consortium News le 3 août 2020

Quand je suis allé pour la première fois à Hiroshima, en 1967, l'ombre sur les marches était toujours là. On avait le sentiment de voir parfaitement un être humain détendu: jambes écartées, dos légèrement courbé, une main sur la hanche, attendant que la banque s'ouvre.

À huit heures et quart, le matin du 6 août 1945, elle et sa silhouette ont été brûlées et imprimées dans le granit.

J'ai regardé l'ombre pendant une heure ou plus, puis j'ai marché jusqu'à la rivière où les survivants vivaient encore dans des cabanes.

J'ai rencontré un homme appelé Yukio: sur sa poitrine était gravé le motif de la chemise qu'il portait lorsque la bombe atomique a été larguée.

Il décrivit un gigantesque flash au-dessus de la ville, «une lumière bleuâtre, quelque chose comme un court-circuit électrique», après quoi le vent a soufflé en tornade et une pluie noire est tombée. «J'ai été jeté par terre et j'ai remarqué qu’il ne restait plus que les tiges des fleurs. Tout était calme et silencieux, et quand je me suis levé, il y avait des gens nus, ne disant rien. Certains d'entre eux n'avaient ni peau ni cheveux. J'étais certain d’être mort.»

Neuf ans plus tard, j’y suis retourné, je l’ai cherché, mais il était mort de leucémie.

«Pas de radioactivité dans les ruines d'Hiroshima», lisait-on le 13 septembre 1945 en première page du New York Times, un classique de la désinformation. «Le général Farrell, rapportait William H. Lawrence, a nié catégoriquement que [la bombe atomique] produise une radioactivité dangereuse et persistante.»

«Pas de radioactivité dans les ruines d'Hiroshima», lisait-on le 13 septembre 1945 en première page du New York Times, un classique de la désinformation

«Pas de radioactivité dans les ruines d'Hiroshima», lisait-on le 13 septembre 1945 en première page du New York Times, un classique de la désinformation

Un seul journaliste, Wilfred Burchett, un Australien, avait osé le périlleux voyage à Hiroshima au lendemain du bombardement atomique, au mépris des consignes des autorités d'occupation alliées, qui contrôlaient le «dossier de presse».

«J'écris ceci comme un avertissement au monde», rapporta Burchett dans le London Daily Express du 5 septembre 1945. Assis dans les décombres avec sa machine à écrire Baby Hermès, il décrivit des salles d'hôpital remplies de personnes sans blessures visibles qui mouraient de ce qu'il appela une «peste atomique».

Après cela, son accréditation presse lui fut retirée, il fut mis au pilori et sali. Son témoignage véridique ne lui a jamais été pardonné.

Wilfred Burchett

Wilfred Burchett

Le bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki a été un acte de meurtre de masse prémédité, qui a inauguré l’usage d’un armement intrinsèquement criminel. Il a été justifié par des mensonges qui constituent le fondement de la propagande de guerre américaine au XXIe siècle, mettant en scène un nouvel ennemi et une cible, la Chine.

Au cours des 75 années écoulées depuis Hiroshima, le mensonge le plus constant est que la bombe atomique a été larguée pour mettre fin à la guerre dans le Pacifique et sauver des vies.

«Même sans les bombardements atomiques, conclut le United States Strategic Bombing Survey de 1946, la suprématie aérienne sur le Japon aurait pu exercer une pression suffisante pour provoquer une reddition inconditionnelle et supprimer le besoin d'une invasion.» A la suite d'une enquête détaillée de tous les faits, enquête étayée par le témoignage des dirigeants japonais survivants impliqués, l'opinion du Survey est que… «le Japon se serait rendu même si les bombes atomiques n'avaient pas été larguées, même si la Russie n'était pas entrée en guerre [contre le Japon] et même si aucune invasion n'avait été planifiée ou envisagée».

Les Archives nationales de Washington contiennent des documents sur des ouvertures de paix japonaises dès 1943. Aucune n'a été acceptée. Un câble envoyé le 5 mai 1945 par l'ambassadeur d'Allemagne à Tokyo et intercepté par les États-Unis indiquait clairement que les Japonais étaient prêts à tout pour demander la paix, y compris «la capitulation même si les conditions étaient dures». Rien n'a été fait.

Le secrétaire américain à la Guerre, Henry Stimson, déclara au président Truman qu'il ‘craignait’ que l'US Air Force ‘bombarde’ le Japon de telle sorte que la nouvelle arme ne puisse ‘montrer sa force’. Stimson admit plus tard qu'«aucun effort n'avait été fait, ni même sérieusement envisagé, pour obtenir la reddition, de façon à ne pas avoir à utiliser la bombe [atomique]».

Les collègues de Stimson, responsables de la politique étrangère, - dans la perspective de l'après-guerre, qu'ils façonnaient alors «à notre image», selon l’expression du planificateur de la guerre froide George Kennan, ont clairement indiqué qu'ils étaient impatients de «frapper les Russes de terreur en brandissant la bombe [atomique] de façon ostentatoire». Le général Leslie Groves, directeur du projet Manhattan qui a fabriqué la bombe atomique, a déclaré: «Je n’ai jamais, de mon côté, eu le moindre doute sur le fait que la Russie était notre ennemie et que le projet avait été mené sur cette base.»

Le lendemain de l’anéantissement d'Hiroshima, le président Harry Truman exprima sa satisfaction face au ‘succès écrasant’ de l'’expérience’.

L '’expérience’ s'est poursuivie longtemps après la fin de la guerre. Entre 1946 et 1958, les États-Unis ont fait exploser 67 bombes nucléaires dans les îles Marshall dans le Pacifique: l'équivalent de plus d'un Hiroshima par jour pendant 12 ans.

Les conséquences humaines et environnementales ont été catastrophiques. Pendant le tournage de mon documentaire, The Coming War on China (La guerre avec la Chine qui se prépare), j'ai affrété un petit avion et me suis envolé pour l’Atoll Bikini dans les îles Marshall. C’est là que les États-Unis ont fait exploser la première bombe à hydrogène du monde. La terre est restée empoisonnée. Mes chaussures ont été détectée ‘dangereuses’ par mon compteur Geiger. Les palmiers avaient des formes incroyables. Il n'y avait pas d'oiseaux.

Site d'essais nucléaires de l'atoll de Bikini dans les Îles Marshall (Crédit photo: UNESCO)

Site d'essais nucléaires de l'atoll de Bikini dans les Îles Marshall (Crédit photo: UNESCO)

J'ai marché dans la jungle jusqu'au bunker en béton où, à 6 h 45 le matin du 1er mars 1954, on appuya sur le bouton; le soleil, qui s'était levé, se leva à nouveau et pulvérisa une île entière dans le lagon, laissant un vaste trou noir, lequel, vu des airs, offrit un spectacle terrifiant: un vide mortel dans un lieu magnifique.

Les retombées radioactives se sont propagées rapidement et «de manière inattendue». La version officielle affirme que «le vent a soudainement changé de direction». Ce fut le premier de nombreux mensonges, comme le révèlent des documents déclassifiés et le témoignage des victimes.

Gene Curbow, un météorologue affecté à la surveillance du site d'essai, a déclaré: «Ils savaient où les retombées radioactives allaient aller. Même le jour de l’explosion, ils avaient encore la possibilité d'évacuer les gens, mais ils n'ont pas été évacués. Je n'ai pas été évacué ... Les États-Unis avaient besoin de quelques cobayes pour étudier les effets des radiations».

Tout comme Hiroshima, les essais secrets des îles Marshall furent une expérience programmée sur la vie d'un grand nombre de personnes. Il s’agissait du projet 4.1, qui avait commencé comme une étude scientifique sur des souris et se transforma en une expérience sur «l’exposition d’êtres humains au rayonnement d’une arme nucléaire».

Les habitants des îles Marshall que j'ai rencontrés en 2015 - comme les survivants d'Hiroshima que j'ai interviewés dans les années 1960 et 1970 - souffraient de cancers variés, principalement le cancer de la thyroïde. Des milliers d’entre eux étaient déjà morts. Les fausses couches et les bébés morts-nés étaient courants; les bébés qui vivaient étaient souvent horriblement difformes.

Contrairement à Bikini, l'atoll voisin de Rongelap ne fut pas évacué lors du test de la bombe H. Directement sous le vent de Bikini, le ciel de Rongelap s'est assombri et il plut ce qui d'abord semblait être des flocons de neige. La nourriture et l'eau furent contaminées; et la population a été victime de cancers. C'est toujours le cas aujourd'hui.

J'ai rencontré Nerje Joseph, qui m'a montré une photo d'elle-même enfant sur Rongelap. Elle avait de terribles brûlures au visage et une grande partie de ses cheveux avait disparu. «Nous nous baignions au puits le jour où la bombe a explosé, me dit-elle. De la poussière blanche a commencé à tomber du ciel. J'ai réussi à attraper cette poudre. Nous l'avons utilisée comme savon pour laver nos cheveux. Quelques jours plus tard, mes cheveux ont commencé à tomber.»

L'habitante des îles Marshall Nerje Joseph avec une photo d'elle lorsqu'elle était enfant peu après l'explosion de la bombe H le 1er mars 1954

L'habitante des îles Marshall Nerje Joseph avec une photo d'elle lorsqu'elle était enfant peu après l'explosion de la bombe H le 1er mars 1954

Lemoyo Abon témoigne: «Certains d'entre nous souffraient le martyre. D'autres avaient la diarrhée. Nous étions terrifiés. Nous pensions que ce devait être la fin du monde.»

Le film officiel américain qui a été archivé et que j'ai inclus dans mon film qualifie les insulaires de «dociles sauvages». À la suite de l'explosion, on voit un responsable de l'Agence américaine de l'énergie atomique se féliciter, précisant que Rongelap «est de loin l'endroit le plus contaminé sur terre», et ajoutant: «Cela sera intéressant de mesurer la réaction humaine lorsque les gens vivent dans un environnement contaminé.»

Des scientifiques américains, y compris des médecins, se sont construit des carrières distinguées en étudiant «la réaction humaine». On peut les voir sur la pellicule, dans leurs blouses blanches, attentifs, avec leurs fiches. Lorsqu'un insulaire est mort à l'adolescence, sa famille a reçu une carte de sympathie de la part du scientifique qui l'avait étudié.

«Baker Shot», dans le cadre de l'opération Crossroads, un essai nucléaire américain à l'atoll de Bikini en 1946 (Crédit photo: U.S. Defence Dept.)

«Baker Shot», dans le cadre de l'opération Crossroads, un essai nucléaire américain à l'atoll de Bikini en 1946 (Crédit photo: U.S. Defence Dept.)

J'ai fait des reportages sur cinq «ground zero» causés par bombes nucléaires à travers le monde - au Japon, aux Îles Marshall, au Nevada, en Polynésie et à Maralinga en Australie. Plus encore que mon expérience de correspondant de guerre, cela m'a ouvert les yeux sur la cruauté et l'immoralité d’une grande puissance: c'est-à-dire d’une puissance impériale, dont le cynisme est le véritable ennemi de l'humanité.

Cela m'a frappé avec force lorsque j'ai tourné à Taranaki ground zero, à Maralinga dans le désert australien. Au centre d’un cratère, il y avait un obélisque sur lequel était inscrit: «Une arme atomique britannique a été testée et a explosé ici le 9 octobre 1957». Sur le bord du cratère il y avait ce signe:

AVERTISSEMENT : RISQUE DE RADIATION

Les niveaux de rayonnement sur quelques centaines de mètres autour de ce point peuvent être supérieurs à ceux qui sont considérés sans danger pour une occupation permanente.

Car, aussi loin que l'œil pouvait voir, et au-delà, le sol était irradié. Du plutonium brut était étalé, semblable à du talc. Or le plutonium est si dangereux pour l'homme qu'un tiers de milligramme provoque 50% de chances de cancer.

Les seules qui auraient pu voir le signe étaient des autochtones australiens, pour lesquels il n'y avait pas d'avertissement. Selon un récit officiel, s'ils avaient de la chance, «on les éloignait, en les chassant comme des lapins».

Plaque commémorative de l’association des vétérans de tests nucléaires britanniques

Plaque commémorative de l’association des vétérans de tests nucléaires britanniques

Aujourd'hui, une campagne de propagande sans précédent nous chasse tous comme des lapins. Nous ne sommes pas censés remettre en question le torrent quotidien de rhétorique anti-chinoise, qui dépasse rapidement le torrent de rhétorique anti-russe. Tout ce qui est chinois est mauvais, condamnable, menaçant: Wuhan…. Huawei. Il est troublant d’entendre «notre» dirigeant le plus vilipendé le dire.

La phase actuelle de cette campagne n'a pas commencé avec Trump mais avec Barack Obama, qui s'est envolé en 2011 pour l'Australie pour proclamer la plus grande accumulation de forces navales américaines dans la région Asie-Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale. Soudainement, la Chine était une «menace». C'est un non-sens, bien sûr. Ce qui était menacé, c’était la vision psychopathique d’elle-même qu’a l’Amérique, comme étant la nation la plus riche, la plus prospère et la plus «indispensable».

Ce qui n'a jamais été contesté, ce sont ses prouesses en tant que tyran – alors que plus de 30 membres des Nations Unies subissent des sanctions américaines et qu’une traînée de sang traverse des pays sans défense bombardés, leurs gouvernements renversés, leurs élections soumises à des ingérences, leurs ressources pillées.

La déclaration d’Obama est devenue connue comme le «pivot de l’Asie». L'un de ses principaux défenseurs était sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, qui, comme l'a révélé WikiLeaks, voulait renommer l'océan Pacifique «la mer Américaine».

Alors que Clinton n’a jamais caché son bellicisme, Obama était un maître du marketing. «Je déclare clairement et avec conviction, a-t-il déclaré en 2009, après son élection, que l’engagement de l’Amérique est de rechercher la paix et la sécurité d’un monde sans armes nucléaires.»

Obama fait un discours à l’occasion des 60 ans d'alliance américano-australienne à Darwin, en Australie, le 17 novembre 2011. (Crédit photo: Sgt Pete Thibodeau/Wikimedia Commons)

Obama fait un discours à l’occasion des 60 ans d'alliance américano-australienne à Darwin, en Australie, le 17 novembre 2011. (Crédit photo: Sgt Pete Thibodeau/Wikimedia Commons)

Obama a augmenté les dépenses pour de nouvelles ogives nucléaires plus rapidement que n'importe quel président depuis la fin de la guerre froide. Une arme nucléaire «utilisable» a été développée. Connue sous le nom de B61 Model 12, cela signifie, selon le général James Cartwright, ancien vice-président des chefs d'état-major interarmées, que «étant plus petite, [cela rend son utilisation] plus envisageable».

La cible est la Chine. Aujourd'hui, plus de 400 bases militaires américaines encerclent presque entièrement la Chine avec des missiles, des bombardiers, des navires de guerre et des armes nucléaires. Du nord de l'Australie, à travers le Pacifique, jusqu’à l'Asie du Sud-Est, le Japon et la Corée et à travers l'Eurasie jusqu'en Afghanistan et en Inde, les bases forment, comme me l'a dit un stratège américain, «un parfait nœud coulant».

Une étude de la RAND Corporation - qui, depuis le Vietnam, a planifié les guerres américaines - s’intitule «Guerre avec la Chine: penser à l’impensable». Commissionnés par l'armée américaine, les auteurs évoquent le tristement célèbre slogan de son principal stratège de la guerre froide, Herman Kahn - «penser l'impensable». Le livre de Kahn, On Thermonuclear War, a élaboré un plan pour une guerre nucléaire «gagnable».

Le point de vue apocalyptique de Kahn est partagé par le secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, un évangéliste fanatique qui croit à «l’allégresse de la fin». C'est peut-être l'homme le plus dangereux du monde. «J'ai été directeur de la CIA, se vante-t-il, nous avons menti, nous avons triché, nous avons volé. C'était comme si nous avions des cours de formation complets.» L’obsession de Pompeo est la Chine.

La conséquence de l’extrémisme de Pompeo est rarement, voire jamais, discutée dans les médias anglo-américains, où les mythes et les inventions sur la Chine sont monnaie courante, tout comme les mensonges sur l’Irak. Un racisme virulent est sous-jacent à cette propagande. Classés «jaunes» alors qu'ils étaient blancs, les Chinois sont le seul groupe ethnique à avoir été interdit par un «décret d'exclusion» d'entrer aux États-Unis, parce qu'ils étaient chinois. La culture populaire les a déclarés sinistres, indignes de confiance, sournois, dépravés, malades, immoraux.

Un magazine australien, The Bulletin, s’est consacré à alimenter la peur du «péril jaune» comme si toute l'Asie était sur le point de tomber, par la force de la gravité, sur la colonie peuplée de Blancs.

«The Chinese Octopus (la pieuvre chinoise)», The Bulletin, Sydney 1886, un des premiers promoteurs du «péril jaune» et d’autres stéréotypes

«The Chinese Octopus (la pieuvre chinoise)», The Bulletin, Sydney 1886, un des premiers promoteurs du «péril jaune» et d’autres stéréotypes

Comme l’écrit l’historien Martin Powers, reconnaître le modernisme de la Chine, sa moralité laïque et «ses contributions à la pensée libérale aurait menacé l’image de l’Europe. Il est donc devenu nécessaire de nier le rôle de la Chine dans la lutte contre l’obscurantisme… Pendant des siècles, la Chine a représenté une menace pour le mythe de la supériorité occidentale, ce qui a conduit à en faire une cible pour les racistes.»

Dans le Sydney Morning Herald, l'infatigable dénigreur de la Chine Peter Hartcher décrit ceux qui ont répandu l'influence chinoise en Australie comme «des rats, des mouches, des moustiques et des moineaux». Hartcher, qui cite favorablement le démagogue américain Steve Bannon, aime interpréter les «rêves» de l'élite chinoise actuelle, dont il est apparemment au courant. Ceux-ci sont inspirés par la nostalgie du «mandat céleste» prôné il y a 2,000 ans. Ad nauseam.

Pour lutter contre ce «mandat», le gouvernement australien de Scott Morrison a poussé l’un des pays les plus sûrs de la planète, dont le principal partenaire commercial est la Chine, à acheter, pour des centaines de milliards de dollars, des missiles américains pouvant être tirés sur la Chine.

Le résultat est déjà évident. Dans un pays historiquement marqué par un racisme violent envers les Asiatiques, les Australiens d'origine chinoise ont formé un groupe d'autodéfense pour protéger les livreurs. Des vidéos téléphoniques montrent un livreur frappé au visage et un couple chinois victime de violence raciale dans un supermarché. Entre avril et juin, il y a eu près de 400 attaques racistes contre des Australiens d'origine asiatique.

«Nous ne sommes pas vos ennemis, m'a dit un stratège de haut rang en Chine, mais si vous [en Occident] décidez que nous le sommes, nous devons nous préparer sans tarder.» L’arsenal de la Chine est petit par rapport à celui des États-Unis, mais il croît rapidement, en particulier le développement de missiles maritimes conçus pour détruire des flottes de navires.

«Pour la première fois, a écrit Gregory Kulacki de l'Union of Concerned Scientists, la Chine envisage de mettre ses missiles nucléaires en état d'alerte afin qu'ils puissent être lancés rapidement en cas d'attaque… Ce serait un changement important et dangereux dans la politique chinoise…»

À Washington, j'ai rencontré Amitai Etzioni, éminent professeur en Affaires internationales à l'Université George Washington, qui a écrit qu'une «attaque violente contre la Chine» était planifiée, «avec des frappes qui pourraient être perçues à tort [par les Chinois] comme des tentatives de destruction de leurs armes nucléaires, les plongeant ainsi dans un terrible dilemme: les utiliser ou les perdre, ce [qui mènerait] à une guerre nucléaire.»

En 2019, les États-Unis ont organisé leur plus important exercice militaire depuis la guerre froide, en grande partie dans le plus grand secret. Une armada de navires et de bombardiers à longue portée a simulé un «Exercice de bataille air-mer avec la Chine» - (Air Sea Battle, ASB) - bloquant les voies maritimes dans le détroit de Malacca, coupant l'accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d'autres matières premières du Moyen-Orient et d'Afrique.

C'est la peur d'un tel blocus qui a vu la Chine développer son projet de Nouvelle Route de la soie (Belt and Road initiative) vers l'Europe et construire de toute urgence des pistes d'atterrissage stratégiques sur les récifs et îlots contestés des îles Spratly.

À Shanghai, j'ai rencontré Lijia Zhang, une journaliste et romancière de Pékin, typique d'une nouvelle classe de francs-tireurs au franc-parler. Son livre le plus vendu porte le titre ironique Socialism Is Great! Ayant grandi dans la chaotique et brutale Révolution culturelle, elle a voyagé et vécu aux États-Unis et en Europe. «Beaucoup d’Américains s'imaginent, m’a-t-elle dit, que les Chinois mènent une vie misérable et réprimée sans aucune liberté. [L'idée du] péril jaune ne les a jamais quittés ... Ils n'ont aucune idée du fait que quelque 500 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, certains disent même 600 millions.»

Les réalisations extraordinaires de la Chine moderne, son éradication de la pauvreté de masse, la fierté et le contentement de son peuple (mesurés par des sondages américains tels que Pew) sont volontairement ignorés ou mal compris en Occident. Cela seul est un commentaire sur l'état lamentable du journalisme occidental et l'abandon du reportage honnête.

Le côté répressif de la Chine et ce que nous aimons appeler son «autoritarisme» sont la façade que nous sommes autorisés à voir presque exclusivement. Comme si nous étions nourris d'histoires interminables sur le diabolique super-méchant Dr. Fu Manchu. Il serait temps de se demander pourquoi, avant qu'il ne soit trop tard pour arrêter le prochain Hiroshima.

Le film «The Coming War on China (Cette guerre contre la Chine qui vient)» de John Pilger

John Pilger est un journaliste et cinéaste australo-britannique basé à Londres. Le site Web de Pilger est: www.johnpilger.com. En 2017, la British Library a annoncé une archive de tous les travaux écrits et filmés de John Pilger. Le British Film Institute inclut son film de 1979, «Year Zero: the Silent Death of Cambodia», parmi les 10 documentaires les plus importants du XXe siècle.

John Pilger

John Pilger

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