Les Français l'ont dans Napo

Publié le

A l’occasion du centième anniversaire de la mort de Napoléon, La Gazette du Citoyen a recopié cet article publié en décembre 1999 dans "Les dossiers du Canard enchainé: Les fous du pouvoir"

Le livre d'Henri Guillemin "Napoléon tel quel"

Le livre d'Henri Guillemin "Napoléon tel quel"

"POURVU que ça dure..." répétait Letizia, la génitrice de l'Empereur, à propos de la carrière de son fiston. Objectif atteint! Ça dure depuis deux siècles. Les Français restent fascinés par leur plus grand dictateur. Les éditeurs le savent: il suffit de mettre le nom de "Napoléon" sur un bouquin pour qu'il se vende...

Ainsi la Nation des droits de l'homme continue d'encenser un général putschiste - l'auteur du 18 brumaire an VIII -, qui supprima le Parlement (remplacé par un Sénat croupion), interdit toute opposition, censura la presse et fliqua - par Fouché interposé -  tout le territoire. Le concordat passé avec l'Eglise scella l'alliance du sabre et du goupillon. Les enfants durent réciter le "catéchisme impérial" ("Dieu a établi Napoléon notre souverain et l'a rendu à son image sur la Terre"). Préfets, sous-préfets et maires étaient nommés par Sa Majesté l'Empereur elle-même.

La France devint alors le principal fauteur de guerre en Europe, la grand puissance impérialiste. L'Italie fut annexée, la Hollande transformée en département français, l'Espagne martyrisée, l'Angleterre asphyxiée par le blocus. Le pillage des richesses étrangères - or, récoltes, œuvres d'art - devint un sport français. Dans le partage du butin, la famille Buonaparte ne s'oublia pas: toute la fratrie - Joseph, Lucien, Jérome, Louis, Elisa - fut casée par le chef du clan sur des trônes étrangers. Pour ces aventures sanglantes, il fallait de la chair à canon. Heureusement pour les riches, à chaque "levée" ils pouvaient se faire remplacer moyennement paiement.

Naguère, un autre empereur, Jean-Bedel Bokassa, fit rigoler les Français en organisant dans sa capitale centrafricaine un sacre "napoléonien". Mais dans le genre mégalo et grand-guignol l'original n'était pas mal non plus: Napoléon se sacrant lui-même, ainsi que sa femme Joséphine, le pape Pie VII convoqué à la cérémonie...

Et ce prénom! "Nabulione" disait Letizia...

Comme l'écrivait Henri Guillemin: "Ce prénom-là, Napoléon, était inconnu en France, et, à coup sûr, plus inusuel que Zéphyrin ou Babylas. Et pourtant, c'est ainsi qu'il fallait nommer le souverain" (1).

Depuis, les Français s'y sont très bien habitués, et à Ajaccio les listes bonapartistes font toujours un succès...

(1) "Napoléon tel quel", Trévise, 1969. Un ouvrage qu'il faudrait rééditer régulièrement...

Conférence d'Henri Guillemin sur Napoléon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article