Histoire: 1920, quand le drapeau rouge flottait sur l’Iran

Publié le par La Gazette du Citoyen

Par Peyman Jafari pour Jacobin Mag le 9 novembre 2020       

En 1920, une République socialiste soviétique était créée dans la province iranienne de Gilan. Un siècle plus tard, cet État éphémère est un puissant rappel des luttes de longue date au Moyen-Orient menées à la fois contre l'impérialisme étranger et les oppresseurs nationaux.

Photo de groupe des dirigeants révolutionnaires de la province de Gilan, dont Mirza Kuchak Khan (Crédit photo: Wikimedia Commons)

Photo de groupe des dirigeants révolutionnaires de la province de Gilan, dont Mirza Kuchak Khan (Crédit photo: Wikimedia Commons)

Depuis cinq ans, un groupe de guérilleros nationalistes et communistes parcourait les forêts de Gilan, une province iranienne située sur la rive sud-ouest de la mer Caspienne. Le 4 juin 1920, ils entrèrent dans la capitale régionale Rasht, et proclamèrent la République socialiste soviétique d'Iran (SSRI).

Devant les habitants, qui les accueillaient en libérateurs, ils proclamèrent: «Désormais, ce mouvement national, avec l'aide et l'assistance de tous les humanistes du monde et en se réclamant des justes principes du socialisme ... est entré dans la phase de la révolution rouge.»

La révolution, pensaient-ils, ne devait pas se limiter au Gilan - elle allait défier l'impérialisme britannique et la classe dirigeante collaborationniste iranienne dans la capitale nationale, Téhéran. Et en effet, pendant seize mois, le drapeau rouge flottera sur la région, jetant aussi son ombre sur le reste du pays. Mais en octobre 1921, les troupes du gouvernement central, avec l’appui des Britanniques, réussirent à réprimer la rébellion du Gilan que la Russie soviétique cessa de soutenir. Ces événements ouvrirent la voie à l'autocrate Reza Khan, qui avait accédé au pouvoir par un coup d'État à Téhéran plus tôt cette année-là; c'est dans ce contexte qu'il établit la monarchie pahlavi, qui devait durer jusqu'en 1979.

Un siècle après les événements de 1920, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles il est important de revisiter l'histoire de la SSRI. Premièrement, cela contredit l'argument selon lequel la dictature de Reza Khan était la seule option politique pour l'Iran, puisque la SSRI représente les luttes venues de la base, qui auraient pu mettre le pays sur une voie différente. Deuxièmement, cela démontre le rôle essentiel que les socialistes révolutionnaires iraniens ont joué dans ces luttes. Enfin, l'activité de la SSRI met en lumière les événements et les débats qui ont entraîné la rupture du marxisme avec la IIe Internationale, en les enrichissant du regard des non-Européens luttant contre les injustices coloniales et raciales.

De la révolution à la guerre

La SSRI et le coup d'État de Reza Khan peuvent être considérés comme deux réactions différentes à l'échec de la Révolution constitutionnelle de novembre 1906. Celle-ci avait tenté d'établir la souveraineté populaire en Iran en soumettant le roi à une constitution et à un parlement, et en chassant l'impérialisme britannique et russe. Les réalisations de cette révolution ont cependant été réduites à néant à mesure que les divisions internes entre les radicaux et les conservateurs du mouvement s'intensifiaient et que la Grande-Bretagne et la Russie unissaient leurs forces pour soutenir les loyalistes réactionnaires.

La crise politique qui suivit la révolution devait s'intensifier pendant la Première Guerre mondiale; car bien que l'Iran n'ait pas été lui-même un protagoniste du conflit, il est devenu de plus en plus un champ de bataille entre les grandes puissances. Alors que les troupes tsaristes occupaient le nord de l'Iran, les Britanniques occupaient les régions du sud afin de sauvegarder les intérêts de l'Anglo-Persian Oil Company. La rareté des céréales et des denrées alimentaires a été en grande partie causée par cette occupation étrangère et aggravée par les sécheresses successives. Le résultat fut la famine de 1917-1918 - en plus de quoi l'Iran fut frappé par les épidémies de choléra et de grippe espagnole, qui tuèrent un à deux millions de gens sur une population totale de neuf millions.

Alors que l'Iran tombait sous la domination des puissances étrangères – avec le soutien du shah – certains anciens participants à la Révolution constitutionnelle en ont tiré la conclusion qu'il était plus efficace de chercher à instaurer des droits politiques, des réformes sociales et l'indépendance au niveau régional. Cette stratégie a été poursuivie par Mohammad Khiabani en Azerbaïdjan, par Mohammad Taqi Khan Pesyan au Khorasan et, de manière décisive pour notre histoire, par Mirza Kuchak Khan (1880-1921) dans la région de Gilan.

La province de Gilan, a proclamé la République socialiste soviétique d'Iran (SSRI)

La province de Gilan, a proclamé la République socialiste soviétique d'Iran (SSRI)

Le Mouvement Jangal

Kuchak Khan avait étudié la théologie islamique, bien qu'il ne soit jamais devenu religieux, comme le prétendent souvent les dirigeants actuels de l'Iran. Au début de la Révolution constitutionnelle, il joue un rôle de premier plan dans la création d'une anjoman (association) d'étudiants du séminaire et rejoint la défense armée des révoltes paysannes à Gilan. Il acquit rapidement une réputation de pieux patriote prêt à sacrifier sa vie pour l'indépendance de l'Iran et pour la justice sociale. Il tirait son inspiration politique du panislamisme anticolonial et du socialisme réformiste.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Kuchak Khan lança un mouvement de guérilla dans les forêts en bordure de la mer Caspienne, le Jangal Movement (jangal signifie forêt), qui gagna rapidement en popularité parmi les paysans de la région après avoir infligé plusieurs défaites aux troupes tsaristes. Le Mouvement Jangal était une tentative régionale de faire revivre les principes de la Révolution constitutionnelle – la démocratie et l'indépendance. Ses revendications sociales, par ailleurs, restèrent très modérées, car il voulait obtenir le soutien des propriétaires fonciers et des notables, en promettant explicitement de protéger la propriété privée.

En 1917, les Jangalis avaient réussi à occuper des parties du Gilan. La Révolution russe de Février désorganisa les troupes tsaristes de la province et fut accueillie avec un immense enthousiasme par les Jangalis, qui en retour reçurent des messages de solidarité des soviets de soldats du Caucase. De Petrograd, le chef du gouvernement provisoire, Alexandre Kerensky, décréta le maintien de la présence militaire russe en Iran. Mais après la Révolution d'Octobre, qui mit fin immédiatement à l'alliance de la Russie avec Londres et Paris, les Jangalis et les Bolcheviks se retrouvèrent du même côté, dans leur combat contre l'impérialisme britannique.

Le 2 décembre 1917, les Bolcheviks lancèrent un appel aux "Musulmans de Russie et d'Orient": «Le sol se dérobe sous les pieds des voleurs impérialistes. Face à ces grands événements, nous nous tournons vers vous, Musulmans laborieux et déshérités de Russie et d'Orient.»

De telles déclarations, la divulgation par Léon Trotsky de tous les traités secrets signés par la Russie tsariste et les autres puissances impérialistes, ainsi que l'annulation du traité anglo-russe de 1907 qui divisait l'Iran en sphères d'influence, tout cela fut accueilli avec un grand enthousiasme par les Iraniens. Mais sous la pression britannique, le gouvernement iranien refusa de reconnaître la Russie soviétique.

En réalité, les Britanniques en ont profité pour intensifier leurs interventions en Iran, utilisant cet autre front pour apporter un soutien à l'Armée blanche anticommuniste, qui opérait dans le nord de l'Iran. Le mouvement Jangal subit en 1918-1919 plusieurs défaites qui l’affaiblirent sérieusement, et certains de ses dirigeants firent défection, séduits par les ouvertures britanniques.

Les Bolcheviks se tournent vers l'Est

Cependant, le Mouvement reprit de l’activité au cours de l'été 1919, en raison de deux phénomènes liés l’un à l’autre.

Tout d’abord, à mesure que la vague révolutionnaire en Europe se retirait, les Bolcheviks se tournèrent de plus en plus vers l'Est, tandis que s’intensifiaient les luttes anticoloniales, que les Bolcheviks prenaient le dessus dans la guerre civile et que l'impérialisme britannique devenait la principale menace à la survie de la révolution russe. Pour l'État soviétique, ces facteurs amplifièrent l’importance des relations avec ce pays si proche. Les Bolcheviks qui militaient pour que l'Orient en général et l'Iran en particulier soient inclus dans la révolution mondiale reçurent une audience croissante à Moscou. L'exécution de l'envoyé soviétique I. Kolomiitsev en Iran par les troupes gouvernementales et la signature de l'accord anglo-iranien, qui transformait l'Iran en un protectorat britannique de facto, effrayèrent les Bolcheviks.

Deuxièmement, suite à ces événements, les sentiments nationalistes et anti-britanniques en Iran se développèrent, renforcèrent les Jangalis et augmentèrent la sympathie pour les Bolcheviks.

C'est dans ce contexte que les Bolcheviks prirent contact avec Kuchak Khan, en juillet 1919, le qualifiant de "célèbre champion de l'indépendance perse". Après avoir reconquis Bakou face aux armées ottomane, britannique et blanche, fin avril 1920, les Bolcheviks se lancèrent à la poursuite du général Denikine de l'armée blanche qui s'était enfui vers la ville portuaire d'Anzali à Gilan.

Profitant de la situation, Kuchak Khan exigea que les troupes britanniques quittent Gilan, et la population locale accueillit favorablement l'arrivée de la flotte russe le 18 mai 1920. L'amiral Raskolnikov précisa cependant que le pouvoir à Anzali appartenait à l'Iran, et la flotte russe quitta les eaux iraniennes une semaine plus tard.

Mirza Kuchak Khan

Mirza Kuchak Khan

Affaiblis par la campagne militaire britannique de 1918-1919, les Jangalis comptaient sur le soutien soviétique et sur les centaines de jeunes communistes iraniens. Utilisant ses contacts avec les nationalistes iraniens datant de la Révolution constitutionnelle, Sergo Ordzhonikidze, chef du Bureau caucasien du Parti communiste russe et allié de Staline, facilita l’accord entre les Jangalis et le Parti communiste iranien qui a jeté les bases de l'établissement du SSRI, même si les dirigeants bolcheviks de Moscou avaient des doutes sur la viabilité d'un tel État.

Selon cet accord, le communisme ne devait pas être introduit à Gilan. Après la prise de Téhéran, une Assemblée constituante établirait un gouvernement révolutionnaire, et les Soviétiques ne s'immisceraient pas dans les affaires intérieures de l'Iran.

Les communistes et la SSRI

Les communistes iraniens qui s’associèrent aux Jangalis étaient membres du parti pro-bolchevik Adalat (Justice), qui avait été créé en 1916 à Bakou par les membres révolutionnaires du Parti social-démocrate d'Iran (Ferqeh-ye Ejtema'iyun Amiyun). Les deux partis puisaient leur force dans les dizaines de milliers de travailleurs iraniens migrants dans le Caucase, en particulier les travailleurs du pétrole de Bakou.

À partir de la mi-1918, Adalat a commencé à établir des antennes dans une douzaine de villes iraniennes et a recruté des milliers de personnes dans l'Armée rouge iranienne. Après avoir uni leurs forces avec les Jangalis, la direction d'Adalat convoqua un Congrès à Anzali du 20 au 23 juin, et changea le nom du parti en Parti communiste iranien (PCI).

Les débats au Congrès ont été menés par deux factions. L'une était dirigée par le révolutionnaire irano-arménien Avetis Soltanzadeh qui fut élu premier secrétaire. Il plaidait pour une révolution socialiste, plutôt qu'une révolution bourgeoise ou nationaliste, à réaliser en redistribuant les terres, en nationalisant les industries et en établissant une "démocratie soviétique".

L'autre faction, dirigée par Haydar Khan Amuoqli, un vétéran de la Révolution constitutionnelle, qui n’était pas lui-même présent au Congrès, faisait valoir que les conditions précapitalistes de l'Iran signifiaient qu'il était sur la voie d'une révolution nationale et qu'il n'était pas mûr pour le communisme. Par conséquent, les communistes devaient soutenir la bourgeoisie et même les propriétaires terriens s'ils s'opposaient à l'impérialisme britannique.

Les Jangalis étaient également divisés. Kuchak Khan avait des penchants socialistes mais il rêvait de libération nationale plutôt que de soviets prenant la place des propriétaires terriens et des marchands. Il était en effet pris en tenaille entre ces propriétaires terriens et marchands farouchement antibolcheviks et l'aile gauche des Jangalis dirigée par Ehsanollah Khan Dustdar. Ce dernier avait des liens étroits avec les communistes iraniens et, en tant que commandant de la nouvelle Armée rouge iranienne, il plaidait pour marcher avec les Bolcheviks sur Téhéran afin de renverser le gouvernement.

Ces différences idéologiques ont façonné le programme et l’action de la SSRI. Le gouvernement révolutionnaire expulsa les forces britanniques et les fonctionnaires du gouvernement central, limita le pouvoir des grands propriétaires terriens, marchands et religieux, créa une banque nationale et augmenta les impôts, étant donné que le nouvel État manquait de sources financières substantielles. Il améliora l'éducation et lutta contre la discrimination ethnique et religieuse. Ses mesures anti-accaparement et anti-monopole protégeaient la population contre les pénuries alimentaires qui sévissaient dans le reste du pays.

Mais en l'espace de deux mois, la coalition PCI-Jangali se rompit. La faction radicale du PCI était concentrée sur la propagande communiste et s’engagea dans des manœuvres politiciennes afin d’obtenir des positions influentes au lieu de consolider un véritable front uni avec les Jangalis. La question de la réforme agraire était également un sujet de controverses, car les appels à la redistribution des terres effrayaient les alliés conservateurs de Kuchak Khan.

Des bruits coururent au sujet "d’acquisitions injustifiées, d’interdiction du commerce privé, de fermetures de bazars, d'attaques contre le clergé musulman" organisées par des "dirigeants de gauche du PCI". Par ailleurs, des rumeurs folles se répandirent, colportées par des publications pro-britanniques, des landlords et des politiciens, selon lesquelles les bolcheviks vendaient du pain confectionné avec de la paille et de la colle, s’apprêtaient à confisquer les maisons des paysans, à forcer les femmes à se dévoiler - et même qu’ils enterraient des personnes vivantes dans les cours des mosquées, afin d'extorquer de l'argent.

En un mois, les tensions s’exacerbèrent. Kuchak Khan quitta Rasht le 9 juillet 1920 pour réorganiser ses forces dans les forêts de Gilan. Le PCI et les transfuges radicaux des Jangalis prirent le pouvoir le 31 juillet 1920 et formèrent un nouveau gouvernement révolutionnaire, sévèrement affaibli en raison de sa rupture avec Kuchak Khan. Confronté au manque d’argent et à l'intensification de la guerre avec le gouvernement central, le SSRI augmenta les impôts qui pesaient lourdement sur les paysans et les artisans.

Dans le cadre du tournant des bolcheviks envers les pays coloniaux, le 18 septembre 1920, un congrès des peuples de l'Est se tint à Bakou. La SSRI fit l’objet de multiples discussions. La délégation iranienne était bien représentée, avec 202 délégués sur 2 050. Amuoqli et ses partisans firent valoir que "la rupture avec Kuchak Khan en tant que représentant des classes nationalistes et des tendances révolutionnaire de la Perse" avait été une grave erreur. Le présidium du Conseil d'action et de propagande élu au Congrès de Bakou donna son accord, et publia une résolution critiquant le PCI :

Notre position en Perse a été compromise par une politique inefficace: la proclamation d’une «république socialiste»,... la mise en œuvre prématurée de certaines mesures ostensiblement «communistes», [qui équivalent] à un pillage pur et simple, ont contrarié la population perse et renforcé la politique du gouvernement du shah et la position des Anglais.

Haydar Khan Amuoqli

Haydar Khan Amuoqli

Après le Congrès, la SSRI fut qualifié d'«aventure perse» par les bolcheviks et, sous la direction de Lénine, le Comité central du Parti communiste russe adopta une résolution appelant à mettre fin à la lutte armée à Gilan «car ce n'était plus un mouvement démocratique». Au Congrès de Bakou, Soltanzadeh a été marginalisé dans le PCI et un deuxième Comité central sous la direction d'Amuoqli fut élu avec pour tâche de reconstituer la coalition avec Kuchak Khan.

La chute de la SSRI

Tandis que le PCI tentait de se réconcilier avec Kuchak Khan, les Britanniques profitèrent de la situation pour réorganiser les troupes iraniennes. Les essais de manipulation des politiciens iraniens corrompus les ayant déçus, ils cherchèrent à promouvoir un officier cosaque, Reza Khan, pour diriger le pays d'une main de fer. Après avoir été promu au grade de lieutenant-colonel, Reza Khan conduisit ses hommes à Téhéran et s'empara de la capitale le 21 juin 1921.

Alors que les putschistes de Téhéran consolidaient leur pouvoir, la réconciliation entre le PCI et Kuchak Khan fut annoncée dans l'Iran rouge, l'organe officiel de la SSRI. Des membres non communistes furent nommés dans le nouveau gouvernement révolutionnaire, qui annonça que Gilan allait servir de base à la révolution en Iran, que les pays étrangers n'étaient pas autorisés à interférer, que l'aide soviétique ne serait sollicitée qu'en cas d'urgence et que les paysans étaient exonérés pendant trois ans du paiement de l'impôt.

L’action de la SSRI était contrariée par la méfiance interne persistante et les luttes intestines. Kuchak Khan s’inquiétait de la popularité croissante d'Amuoqli dans la région. Plus important encore, il s’efforçait de continuer à soutenir les riches propriétaires et marchands et, par conséquent, s'opposait aux appels  à la nationalisation des terres d'Amuoqli, pour gagner le soutien de la majorité de la population paysanne.

Fin septembre 1921, Amuoqli et son allié kurde Khalou Qorban furent invités par Kuchak Khan à une réunion pour résoudre leurs problèmes, mais ils furent victimes d’une tentative infructueuse d’attentat. Utilisant le chaos créé par ces luttes internes, la division cosaque de Reza Khan marcha sur Gilan. Tandis qu'Amuoqli prenait la fuite, Khalou Qorban et ses hommes firent défection et, avec les cosaques de Reza Khan, attaquèrent Kuchak Khan.

Le 15 octobre, la capitale Rasht était tombée aux mains des Cosaques. Amuoqli fut capturé et exécuté par l'un des alliés de Kuchak Khan, bien qu'il ne soit pas clair s'il en avait donné l’ordre. Encerclé par les troupes et les alliés de Reza Khan, Kuchak Khan mourut de froid dans les montagnes.

Fin de la Révolution mondiale

Les conflits internes de la SSRI entre communistes et nationalistes ont joué un rôle important dans sa chute, mais l'impérialisme britannique et la classe dirigeante iranienne des riches propriétaires terriens et marchands ont été les véritables coupables. Le rôle des Soviétiques ne doit pas non plus être négligé. Alors qu'Ordzhonikidze et les bolcheviks en Azerbaïdjan avaient soutenu la tentative d'Amuoqli de relancer la SSRI à l'automne 1920, Moscou, sur les instructions de Lénine, entama une série de négociations avec les gouvernements britannique et iranien.

En décembre 1920, Lénine décida qu'il était devenu nécessaire pour Moscou de «conclure un accord économique [avec la Grande-Bretagne] et d'acheter immédiatement certains des articles qui étaient absolument nécessaires et indispensables pour développer notre système de transport (comme les locomotives), pour relancer notre industrie, et déployer nos réseaux électriques.» Cela aboutit à l'Accord commercial anglo-soviétique signé en mars 1921. Dès le coup d'État de Reza Khan en février 1921, Moscou signa un traité d'amitié avec l'Iran.

Pourquoi cela? Premièrement, cela faisait partie du renoncement général, par la Russie soviétique, aux principes du socialisme international, car elle était forcée de passer d'une position offensive à une position défensive. La Guerre civile avait dévasté la société et l'économie soviétiques, et l'espoir d'une révolution socialiste en Europe s'était évaporé, laissant l'URSS isolée dans sa lutte pour sa survie. Néanmoins, son abandon de la SSRI est un rappel douloureux des premiers signes de la dégénérescence de la Révolution russe.

Deuxièmement, la SSRI était isolé en Iran en l'absence d'une classe ouvrière moderne qui, même en petit nombre, aurait pu mener des luttes urbaines et aurait pu former un front uni avec les paysans. Alors que cette perspective existait en Chine en 1925-1927, la réalité est qu'elle n’existait pas dans les conditions particulières de l'Iran en 1920.

Néanmoins, la SSRI permet de se souvenir des possibilités ouvertes par la Révolution d'Octobre et son tournant vers l'Orient. Soudain, des mouvements, comme les Jangalis ou le PCI, avaient pu envisager une issue très différente à leurs luttes : le socialisme, qui éliminerait non seulement le colonialisme et la dictature, mais aussi la pauvreté dans laquelle vivaient la majorité des paysans. Très vite, cependant, la Russie révolutionnaire a lutté pour sa propre survie, le tournant vers l'Orient ne pouvant fournir la bouée de sauvetage dont elle avait cruellement besoin à partir de l'expansion de la révolution vers l'Ouest.

Peyman Jafari est historien et associé de recherche postdoctoral à l'Université de Princeton.

Lien de l’article en anglais:

https://jacobin.com/2020/11/soviet-socialist-republic-iran-gilan-history-imperialism

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