La nouvelle lauréate du Prix Nobel de la Paix est une ardente supportrice de Netanyahou
Ci-dessous, un article publié dans Venezuelan Voices (journal d'opposition vénézuelien) en avril dernier qui parle, entre autres, des relations nauséabondes entre María Corina Machado, la nouvelle lauréate du Prix Nobel de la Paix, et le boucher de Gaza, Benyamin Netanyahou:
Que signifie pour le peuple vénézuélien l’alliance de María Corina Machado avec l’extrême droite européenne et israélienne?
Par Simón Rodríguez pour Venezuelan Voices le 2 avril 2025
Réunies sous la bannière des «Patriotes pour l'Europe», les figures de l'extrême droite européenne se sont réunies il y a deux mois à Madrid, réunissant les dirigeants politiques du courant trumpiste tels des vengeurs fascistes et à petit budget. Défilant sous les drapeaux de l'ultranationalisme, de la xénophobie, de l'islamophobie, de l'antisémitisme et du néofascisme, des représentants de France, d'Italie, du Portugal, de République tchèque, d'Autriche, d'Estonie, de Grèce et de Pologne ont été accueillis par Santiago Abascal, du groupe espagnol Vox, le 8 février.
Outre le slogan souvent répété «Rendre sa grandeur à l'Europe», l'autre slogan phare du sommet était «Reconquista», un terme à forte connotation idéologique faisant référence aux efforts militaires et culturels européens pour chasser l'influence islamique, qui culminèrent à la fin du XVe siècle. Considérée par ses partisans comme une victoire du christianisme, la Reconquista impliquait la conversion forcée des musulmans et l'expulsion des juifs, tout en coïncidant avec le début de la colonisation espagnole dans les Caraïbes et les Amériques.
Et s'il est facile de comprendre pourquoi ce slogan est utilisé par une extrême droite européenne obsédée par la reconquête de son passé colonialiste et l'expulsion des «infidèles» d'Europe, la présence de militants d'extrême droite vénézuéliens et israéliens semble moins naturelle. Pourtant, la cheffe de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado et le Likoud israélien y ont pris part et se présentent comme des combattants de première ligne de la même bataille civilisationnelle occidentale.
Le Likoud, parti au pouvoir en Israël, a rejoint les Patriotes en tant que membre observateur. Le Likoud bénéficiait déjà du statut d'observateur au sein du groupe parlementaire conservateur européen.
Nouer des liens avec les partis d'extrême droite européens, notamment ceux au passé antisémite notoire, fait partie intégrante de la politique du gouvernement Netanyahou. Le ministère israélien des Affaires étrangères a rencontré en février plusieurs de ces partis, auparavant interdits en raison de leurs liens avec les nazis et les négationnistes de l'Holocauste, et les a même invités à un sommet sur l'antisémitisme en Israël fin mars.
Mais outre leur soutien inconditionnel au génocide contre le peuple palestinien, ces partis européens partagent avec le gouvernement sioniste leur racisme islamophobe et leur évaluation positive de l’émigration des juifs européens vers Israël, tout en utilisant leurs liens avec le sionisme pour tenter de dissimuler leurs positions antisémites.
Milei et Machado font partie d’une extrême droite latino-américaine subordonnée aux États-Unis, sympathisante de Trump et fervente partisane du régime d’apartheid sioniste.
Le président argentin, en proie à une crise économique persistante et au scandale de son implication dans la plus grande escroquerie aux cryptomonnaies de l'histoire, tente d'engranger des succès symboliques hors d'Argentine. Quelques jours après le sommet des Patriotes, où il a adressé un court message criant «Vive la liberté, bon sang!», il a participé à la Conférence d'action politique conservatrice aux États-Unis, où il a offert à Elon Musk une tronçonneuse, symbole des coupes budgétaires en Argentine. Il prévoit également de se rendre à Tel-Aviv le 23 mars pour prendre la parole à la Knesset.
Le fascisme et Israël: une bande de voleurs
Milei, fervent partisan de la dictature argentine de 1976 à 1983, a l'intention de signer un mémorandum «contre le terrorisme et les dictatures» avec Netanyahu, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre .
En réalité, Israël a toujours été l'allié des dictatures d'extrême droite en Amérique latine, notamment de la junte argentine antisémite. Milei a déclaré le Hamas organisation terroriste en 2024 et, avant cela, avait annoncé le transfert de l'ambassade d'Argentine à Jérusalem. Cette décision n'a pas été concrétisée.
La politique xénophobe et raciste de Trump et des Patriots met en lumière les contradictions de Machado. Le Venezuela connaît l'une des plus importantes migrations forcées au monde, avec plus de 7 millions de personnes déplacées par la crise économique, la violence criminelle et la répression.
Trump a négocié au début de son administration avec Maduro la reprise des vols d'expulsion vers le Venezuela en échange de la prolongation de la licence d'exploitation pétrolière vénézuélienne de Chevron, surprenant et décevant les partisans de Machado qui s'attendaient à une réédition de la politique de «pression maximale» de sa première administration, lorsque les sanctions financières et pétrolières ont été initiées.
Trump a renoncé à l'accord quelques semaines plus tard, sous la pression des législateurs républicains de Floride. Néanmoins, son administration a supprimé le statut de protection temporaire pour les Vénézuéliens et prévoit de les interdire de voyager dans les semaines à venir. Le gang vénézuélien connu sous le nom de «Tren de Aragua» a été classé par Trump, au même titre que les cartels de la drogue mexicains, comme une organisation terroriste, ouvrant ainsi la voie à la criminalisation des migrants vénézuéliens, voire à leur envoi à Guantánamo et dans les tristement célèbres prisons de Nayib Bukele au Salvador, sans avoir été condamnés ni même jugés.
Au lieu de défendre les migrants vénézuéliens, Machado les utilise elle-même pour justifier une intervention étrangère au Venezuela. Elle l'a fait lors de son discours au sommet des Patriotes, où elle a affirmé que «le Venezuela représente aujourd'hui la plus grande menace pour l'Occident sur notre continent (…) les réseaux criminels (…) ont délibérément promu la migration comme un mécanisme visant à affaiblir notre société et nos familles et à déstabiliser l'hémisphère (…) Il s'agit d'une guerre mondiale et vous êtes nos alliés».
La dictature de Maduro est sans aucun doute la principale responsable de la crise socio-économique qui a alimenté la vague d’émigration au cours de la dernière décennie, mais expliquer ce phénomène en termes de conspiration visant à déstabiliser la région alimente la persécution contre les migrants forcés.
Dans la «guerre mondiale» envisagée par Machado, elle se positionne comme la défenseuse des valeurs de l’Occident à sa «frontière». Ceci explique en partie sa fascination pour l’État génocidaire d’Israël.
En 2020, le parti de Machado, Vente Venezuela, a officialisé un pacte avec le Likoud «afin de forger une alliance entre nos deux partis pour coopérer sur des questions stratégiques, géopolitiques et sécuritaires, entre autres, afin de créer un partenariat opérationnel». «L'objectif est de rapprocher le peuple israélien du peuple vénézuélien tout en promouvant, ensemble, les valeurs occidentales auxquelles les deux partis adhèrent: la liberté, l'indépendance et l'économie de marché», peut-on lire dans le document signé par les deux organisations.
En 2018, Machado a demandé à Netanyahou d'intervenir auprès du Conseil de sécurité de l'ONU pour obtenir une intervention au Venezuela. Machado a affirmé avec insistance qu'en cas d'accession au pouvoir, elle rétablirait les relations diplomatiques avec Israël.
Les relations ont été rompues en 2009 dans le contexte de la brutale «Opération Plomb Durci» menée par Israël contre les Palestiniens de Gaza. En janvier de cette année, l'ancien candidat à la présidence Edmundo González et Machado ont tenu une téléconférence avec le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar. Le 15 février, González et Sa'ar se sont rencontrés en Allemagne, où González a annoncé son intention de se rendre en Israël.
Il est donc d'autant plus ironique que l'industrie de l'espionnage israélienne assiste Maduro dans la répression de l'opposition vénézuélienne. L'État policier chaviste a acheté des logiciels espions à l'entreprise israélienne Cellebrite en 2020.
L'opposition de droite vénézuélienne, malgré sa victoire à l'élection présidentielle de 2024, n'a pas élaboré de stratégie pour le lendemain de la fraude électorale anticipée. Son impuissance s'est traduite par un recours permanent à l'intervention étrangère, aussi indésirable qu'improbable.
Cette stratégie conduit à une érosion lente mais inévitable, comme celle qu'a connue Juan Guaidó, le leader de l'opposition qui s'est proclamé «président par intérim» en 2019. De plus, lorsque Machado affirme que «la lutte du Venezuela est la lutte d'Israël», elle contribue à isoler les véritables luttes du peuple vénézuélien. Il existe une opposition de gauche solidaire du peuple palestinien, mais elle est fortement persécutée au Venezuela et peu connue à l'extérieur.
Il est certain que le génocide, le racisme et l’apartheid sont indissociables de l’histoire impérialiste et colonialiste occidentale.
En adhérant à la Reconquista et en soutenant le génocide israélien, l’extrême droite européenne et latino-américaine prouve que ce sont bien les valeurs occidentales qu’elle défend.
Pour les Vénézuéliens, qui seront toujours en dehors des murs gardés de l’Occident, la conclusion doit être que pour nous libérer de Maduro, nous devons également nous débarrasser du fardeau de gens comme Machado.
URL de l'article en anglais:
https://venezuelanvoices.org/2025/04/02/what-does-maria-corina-machados-alliance-with-the-european-and-israeli-ultra-right-imply-for-the-venezuelan-people/
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