Lettre de Syrie: Rasha Nasser Al-Ali, Le nom qui révèle le silence du monde
Maryam al-Zahra est une alaouite syrienne vivant dans une ville proche de la côte méditerranéenne. Elle a courageusement décidé de témoigner pour La Gazette du Citoyen et de raconter ce qui se passe en Syrie, dirigée par al-Sharaa/al-Jolani et son gouvernement djihadiste:
Rasha Nasser Al-Ali, Le nom qui révèle le silence du monde.
Par Maryam al-Zahra, le 30 octobre 2025
Rasha Nasser Al-Ali, docteure en littérature arabe, était écrivaine, critique et professeure de littérature arabe à l'Université de Homs.
Elle était membre de l'Union des écrivains arabes, membre du jury du Prix international de la créativité Tayeb Salih (2014) et membre du jury du Festival de poésie arabe du Caire (2020).
Elle croyait au pouvoir salvateur des mots et à la nature humaine du langage, un refuge, aussi restreint soit-il.
Un matin, elle se rendit à l'université, ses livres à la main comme une mère porte ses enfants... et elle ne revint jamais.
Plus de dix mois se sont écoulés depuis sa disparition, et pourtant, son histoire reste vivante dans la mémoire de ceux qui en connaissent la valeur.
Mieux vaut s'accrocher à la vérité que de noyer le chagrin dans des calomnies qui nous éloignent toujours plus de la reconnaissance des droits des personnes enlevées. Chaque tentative de déformer la vérité donne plus d'espace aux ténèbres et retarde le retour de celles et ceux qui portent la lumière et la conscience.
Depuis ce jour, l'absence est devenue une autre forme de présence.
L'université cherche sa voix dans ses couloirs, et les villes cherchent son visage dans celui des femmes qui errent en rêvant de lumière.
L'enlèvement n'est plus un incident isolé; il est devenu un fil conducteur reliant la perte de sécurité, de mémoire et du droit à la dignité humaine.
Les histoires se répètent, réinventées.
Parfois c'est le corps qui est enlevé, parfois c'est le sens lui-même, et parfois c'est la vérité.
Les histoires sont déformées pour dissimuler le crime, et la simple question "Où est Rasha?" est remplacée par un silence pesant, censé paraître inévitable.
Mais les noms forgés par la vérité ne meurent pas.
Rasha Nasser Al-Ali n'est pas un simple fait divers ni un numéro sur une liste de personnes disparues; elle est le symbole d'une personne enlevée deux fois; une fois par le crime, et une fois par l'oubli. Ce qui se passe n'est pas une exception, mais un schéma qui se répète avec une précision méticuleuse.
Des femmes disparaissent, des voix sont réduites au silence et les récits sont déformés pour tromper l'opinion publique, alors que la vérité demeure plus simple et plus douloureuse.
Quelqu'un cherche à déformer la mémoire, faisant de l'absence la règle et de la lumière l'exception.
Quand les exceptions pullulent, le déni lui-même devient une arme, une arme utilisée pour faire taire quiconque réclame la vérité.
Défendre les femmes enlevées ne se résume pas à crier, mais exige une vérification rigoureuse et la conscience que le problème dépasse le cadre d'un simple incident.
Toute précipitation à diffuser un récit inexact alimente la machine du déni, et tout retard dans la découverte de la vérité accroît le danger pour celles qui restent.
C'est une guerre contre la mémoire, le sens et l'identité.
Quand la lumière est prise pour cible, défendre la vérité devient un devoir, non un choix.
Chaque mot écrit aujourd'hui au nom de Rasha éclaire le chemin de tous ceux qui croient que la justice ne peut être effacée.
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