Découvrez l'empereur romain ''largement sous-estimé'' devenu l'ennemi du monde antique

Publié le par La Gazette du Citoyen

La réputation de la Rome antique en matière de mauvais empereurs repose en partie sur des sources hostiles écrites après les faits – et Domitien est peut-être l'exemple le plus flagrant de la façon dont la politique a façonné la mémoire historique.

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Une statue de l'empereur romain Domitien, avec le soleil levant derrière lui

Une statue de l'empereur romain Domitien, avec le soleil levant derrière lui

Par James Osborne pour HistoryExtra le 3 février 2026
La carte morale de l' empire romain pourrait sembler assez simple. Il y avait de bons empereurs, qui gouvernaient avec sagesse et apportaient la stabilité, et de mauvais empereurs, dont les règnes sombraient dans la cruauté et la paranoïa.
Néron et Caligula sont les noms les plus incontestablement et les plus célèbres de cette dernière catégorie – mais Domitien, qui régna de 81 à 96 après J.-C., est souvent considéré comme n'étant pas loin derrière.
Mais selon l'historien Edward J Watts, notre certitude quant aux défauts de ces «pires» empereurs romains repose sur des fondements fragiles.
Et Domitien? «Il est largement sous-estimé», déclare Watts, dans le podcast HistoryExtra.
Comment l'histoire de la Rome antique a été écrite
La plupart des récits qui nous sont parvenus concernant les premiers empereurs romains ayant succédé à Jules César ont été écrits des décennies après les événements qu'ils relatent. Leurs auteurs appartenaient à l'élite sénatoriale et littéraire romaine, profondément impliquée dans les dynamiques et les mécanismes du pouvoir.
Ce qu'ils n'étaient pas, affirme Watts, c'étaient des observateurs neutres.
Parmi les plus influents figure Suétone, que Watts décrit comme «un biographe incroyablement doué». Son ouvrage, Les Douze Césars, demeure l'un des récits les plus lus sur la Rome impériale. Il nous livre la biographie de Jules César, puis celle des onze empereurs suivants.
Pourquoi s'arrêter là? La réponse, selon Watts, est «parce que le dernier d'entre eux est l'empereur Domitien».
Le récit culmine avec le règne de Domitien. Il est présenté comme l'aboutissement du déclin moral et politique de Rome. Son assassinat est mis en scène comme une restauration salvatrice, ouvrant la voie à un ordre nouveau et meilleur.
Cette conception a façonné la manière dont les générations suivantes ont compris Domitien et la nature même du pouvoir impérial, explique Watts.
Domitien et le Sénat
Domitien fut le troisième et dernier membre de la dynastie flavienne des empereurs romains, qui débuta avec Vespasien en 69 après J.-C. Il fut remplacé par son fils Titus en 79 après J.-C., qui à son tour fut remplacé par son deuxième fils Domitien en 81 après J.-C.
Contrairement aux empereurs précédents qui s'efforçaient de maintenir une façade de partenariat avec le Sénat, Domitien régna en autocrate assumé et sans remords.
«Domitien était, je crois, une figure merveilleusement sous-estimée», déclare Watts. «Car ce que fait Domitien, c'est qu'il repère des personnes talentueuses comme Suétone, qui évoluent dans les sphères les plus basses de l'élite romaine, et il les propulse au sommet.»
«Il entretenait des relations difficiles avec le Sénat romain et souhaitait que de nouvelles personnes en qui il savait pouvoir avoir confiance soient placées aux postes de pouvoir.»
En promouvant des administrateurs compétents sans pour autant être issus de familles sénatoriales prestigieuses, Domitien affaiblit l'emprise de l'aristocratie traditionnelle sur l'État. Sur le plan pratique, cette politique s'avéra efficace. Sous son règne, les finances et l'administration impériales de Rome furent stabilisées, et l'empire évita la guerre civile pendant quinze ans – un exploit considérable pour l'époque romaine.
Du point de vue du Sénat, cependant, ce contournement était intolérable et a engendré un profond ressentiment.
L'assassinat de Domitien et l'art romain de la survie politique
Domitien fut assassiné en 96 après J.-C. par un complot de palais impliquant son chambellan, Parthénios, et son épouse, Domitia Longina.
«Le nouveau régime qui arrive au pouvoir renie Domitien et le qualifie de tyran», déclare Watts.
Cette dénonciation plaça dans une position délicate des personnalités qui avaient prospéré sous Domitien. Des écrivains comme Tacite et Pline le Jeune avaient bâti leur carrière sous le règne de Domitien, profitant d'un système désormais décrié.
«Et tous ces gens, y compris Suétone, mais aussi Tacite et Pline, s'efforcent de comprendre comment eux, qui ont bénéficié de leur relation étroite avec Domitien, peuvent désormais trouver leur place dans ce nouveau régime», explique Watts.
«Et donc, ils s'en prennent à Domitien avec une violence extrême. Ils décrivent des empereurs antérieurs au nouveau régime comme des tyrans.»
La condamnation de Domitien servait deux objectifs: légitimer le nouvel ordre et éloigner ses bénéficiaires de l’empereur déchu.

Cette pièce d'or, frappée en 90-91 après J.-C., représente l'empereur Domitien, dont l'image circulait dans tout l'Empire romain comme symbole de l'autorité impériale (Photo Getty Images)

Cette pièce d'or, frappée en 90-91 après J.-C., représente l'empereur Domitien, dont l'image circulait dans tout l'Empire romain comme symbole de l'autorité impériale (Photo Getty Images)

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Créer les méchants canoniques de Rome
«La biographie impériale de Suétone retrace explicitement la succession et se termine avec Domitien en le décrivant comme un être horrible», explique Watts.
«Il s'en prend aussi énormément à Caligula, et à Néron également. C'est de là que ces légendaires "empereurs terribles" tirent leur réputation initiale.»
Mais Watts soutient que tous ces empereurs n'étaient pas aussi mauvais, voire mauvais tout court. À l'exception de Caligula.
«J’ai vraiment essayé de réhabiliter Caligula», admet Watts. «Je ne pense pas que ce soit possible.»
Caligula accéda au pouvoir en 37 après J.-C. et, selon de multiples sources hostiles, sombra rapidement dans la paranoïa.
«Il tombe gravement malade quelques mois après son accession au trône», explique Watts. «Il croit avoir été empoisonné et devient extrêmement paranoïaque.»
La cohérence des récits décrivant la violence arbitraire et l'instabilité psychologique rend difficile de rejeter la réputation de Caligula comme n'étant qu'une simple propagande.
«Je ne pense pas qu'il y ait moyen de rationaliser ce qu'il fait», déclare Watts.
Watts présente cependant Néron comme un cas plus nuancé.
«Je pense que Néron est complexe», dit Watts.
Au début de son règne, Néron entreprit des réformes populaires et s'assura le soutien du peuple. Mais ses ambitions dépassaient ses capacités. «Il avait des idées sensées; il était simplement trop incompétent et imprudent pour les mettre en œuvre.»
Au fil du temps, son règne devint de plus en plus violent et imprévisible, culminant avec des actes – tels que le meurtre de sa mère et des représailles brutales contre ses ennemis supposés – qui renforcèrent sa réputation. « Il était d'une cruauté sans nom », affirme Watts.
À l'inverse, Domitien était efficace pour faire appliquer ses volontés, mais il était aussi exigeant et profondément méfiant envers toute opposition. «Je pense que Domitien a mauvaise réputation», déclare Watts.
«Je pense que les circonstances politiques dans lesquelles Suétone, Tacite et Pline écrivent font qu’ils vont presque nécessairement lui donner la pire réputation possible.»
James Osborne est producteur de contenu numérique chez HistoryExtra.
URL de l'article en anglais:
https://www.historyextra.com/period/roman/roman-emperor-domitian-enemy-ancient-world/

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